Une semaine après l'élimination de l'équipe nationale du Sénégal en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026, une partie de l'effectif se trouve encore à Seattle, aux États-Unis, dans l'attente d'un vol de retour. Selon des informations concordantes, des problèmes de coordination entre la Fédération sénégalaise de football (FSF) et le ministère des Sports auraient entravé l'organisation du rapatriement. Cette situation inédite exaspère l'opinion publique sénégalaise, déjà très critique envers le sélectionneur Pape Thiaw et les instances dirigeantes.

Un retour qui se fait attendre

Alors que la plupart des sélections africaines engagées dans le tournoi ont regagné leur pays et ont été accueillies par leurs supporters, les Lions de la Téranga sont, pour certains, encore sur le sol américain. Les joueurs concernés avaient pris leurs quartiers à Seattle après le dernier match de poule. Le départ, initialement prévu quelques heures après la défaite contre la Belgique (3-2), n'a jamais eu lieu. Les raisons évoquées renvoient à des difficultés de logistique aérienne : la réservation des vols, à la charge conjointe de la FSF et du ministère, n'aurait pas été confirmée à temps. Des témoins sur place décrivent des joueurs livrés à eux-mêmes, sans encadrement clair, dans des hôtels de la ville américaine.

Cette attente prolongée provoque un sentiment de gêne et de honte dans le pays. De nombreux Sénégalais, sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels, dénoncent ce qu'ils considèrent comme de l'amateurisme de la part des responsables du football national. Les termes d'« incompétence » et de « manque de professionnalisme » reviennent fréquemment dans les commentaires. Le ministre des Sports, interrogé par plusieurs confrères, n'a pour l'heure pas fait de déclaration officielle sur le sujet, tandis que la Fédération assure, par la voix de son secrétaire général, que « tout est mis en œuvre pour rapatrier les joueurs dans les meilleurs délais ». Aucune date précise n'a toutefois été communiquée.

Pape Thiaw dans le viseur

Ce nouvel épisode logistique s'ajoute à une vague de critiques qui frappe le sélectionneur Pape Thiaw depuis l'élimination en huitièmes de finale. Nommé à la tête de l'équipe nationale en 2024, l'ancien attaquant avait hérité d'un groupe talentueux, champion d'Afrique en 2022. Mais le parcours au Mondial 2026 a déçu : après une large victoire contre l'Irak (5-0) qui avait redonné espoir, l'équipe s'est inclinée face à la Belgique dans un match serré, cédant en toute fin de rencontre. Les choix tactiques du technicien, notamment sa gestion défensive et ses remplacements tardifs, ont été vivement contestés par les observateurs.

Les critiques se sont rapidement étendues à la préparation générale de l'équipe. Plusieurs anciens internationaux et consultants ont pointé du doigt un manque de planification et une organisation approximative autour de la délégation, dont les problèmes actuels seraient la triste illustration. « Comment peut-on ne pas avoir prévu le retour après une élimination en phase à élimination directe ? C'est d'un amateurisme consternant », s'est indigné un ancien joueur des Lions, sous couvert d'anonymat, dans une interview accordée à une radio locale.

Un climat délétère

Le blocage des joueurs aux États-Unis jette une lumière crue sur les dysfonctionnements qui minent le football sénégalais en coulisses. Depuis plusieurs mois, les relations entre la Fédération et le ministère des Sports sont émaillées de tensions, notamment autour des dotations budgétaires et des primes. Cette querelle administrative se répercute désormais sur les athlètes, transformés en otages d'une guerre d'appareil.

Les joueurs, justement, gardent pour l'instant le silence. Aucun d'eux ne s'est exprimé publiquement sur son retour forcé. Mais leur entourage laisse filtrer une profonde lassitude. Certains, qui évoluent dans des clubs européens, risquent de manquer la reprise de la saison avec leur formation, ce qui pourrait nuire à leur préparation et à leur place dans l'effectif.

Quelles suites ?

Pour l'heure, la priorité reste le rapatriement sanitaire et sécurisé des joueurs. Une fois cet épisode clos, la question de l'avenir de Pape Thiaw sur le banc sera inévitablement posée. Son contrat court jusqu'à la fin de l'année 2026, mais les résultats en demi-teinte et cette crise logistique fragilisent considérablement sa position. La Fédération sénégalaise de football pourrait être contrainte de se réunir en urgence pour évaluer la situation. Mais au-delà des individus, c'est toute la gouvernance du football sénégalais qui semble avoir besoin d'une refonte structurelle si l'on en juge par la recrudescence des polémiques organisationnelles autour de l'équipe nationale.