Alors que l'État a déjà consacré 1,4 milliard d'euros aux aides au carburant, l'exécutif s'apprête à dévoiler un nouveau plan de rigueur destiné à contenir le déficit public à 5 % du PIB en 2026. Cette annonce intervient dans un contexte de tensions budgétaires croissantes, alors que le précédent plan, présenté en juillet, est jugé insuffisant par Bercy.

Un objectif recalibré Le gouvernement, sous la houlette du Premier ministre Gabriel Attal, vise désormais un retour à l'équilibre des finances publiques à l'horizon 2037, soit une décennie de plus que prévu initialement. Ce nouveau calendrier, plus réaliste selon Matignon, s'accompagne d'une feuille de route intérimaire : ramener le déficit sous la barre des 5 % dès 2026, contre 6,2 % anticipés pour cette année.

Les 1,4 milliard d'euros dépensés en aides carburant — mesure prise pour amortir le choc de la flambée des prix à la pompe — pèsent lourd dans les comptes. Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a reconnu que cette enveloppe grève les marges de manœuvre budgétaires, justifiant un nouveau tour de vis.

Des mesures d'économies ciblées Le plan, qui doit être présenté en Conseil des ministres dans les prochains jours, prévoit une série de coupes dans les dépenses de l'État. Sont notamment évoquées la réduction des effectifs de la fonction publique, la baisse des subventions aux collectivités territoriales et un gel de certaines prestations sociales, hors inflation. Le gouvernement entend également accélérer la suppression de niches fiscales jugées inefficaces.

Du côté des recettes, l'exécutif exclut toute hausse d'impôt généralisée, mais étudie un renforcement de la lutte contre la fraude fiscale et un meilleur recouvrement de l'impôt sur les sociétés. Le produit attendu de ces mesures est estimé à plusieurs milliards d'euros par an.

Des arbitrages délicats Ce nouveau tour de vis intervient alors que les partenaires sociaux et une partie de la majorité expriment leurs réserves. Le Haut Conseil des finances publiques a estimé que l'objectif de 5 % de déficit en 2026 était « ambitieux mais pas impossible » à condition de mettre en œuvre rapidement des réformes structurelles.

Sébastien Lecornu, ministre des Comptes publics, a multiplié ces dernières semaines les réunions avec les représentants du Medef et des syndicats pour tenter de bâtir un consensus sur les priorités. Selon son entourage, les arbitrages définitifs seront rendus d'ici à la fin du mois, avant la présentation du projet de loi de finances pour 2026.

Un contexte politique sous tension La majorité relative à l'Assemblée nationale complique l'adoption de ces mesures. Plusieurs députés LR et MoDem ont déjà fait savoir qu'ils ne voteraient pas un texte trop restrictif pour les ménages. Le chef de l'État, Emmanuel Macron, a pour sa part appelé à « la responsabilité collective » pour éviter une dégradation de la note de la France par les agences de notation.

Si le plan de rigueur est adopté, il marquera un tournant dans la politique budgétaire française, après des années de dépenses massives liées à la crise sanitaire puis au bouclier tarifaire sur l'énergie. Reste à savoir si les marges de manœuvre sont suffisantes pour tenir la trajectoire annoncée.