La démission de Keir Starmer, annoncée en début de semaine, a immédiatement polarisé l'attention des médias britanniques. Les unes des quotidiens nationaux ont livré, ce mercredi, un kaléidoscope d'analyses et de commentaires sur la sortie brutale d'un chef de gouvernement qui n'aura passé qu'un peu plus de deux ans à Downing Street.
Un traitement contrasté selon les titres
La presse de centre gauche a salué l'homme tout en pointant les échecs d'un mandat jugé trop court. Le Guardian a titré, dans un jeu de mots avec le prénom du Premier ministre, « It all ends in Keirs » (Tout finit en Keir), évoquant la fatalité d'une présidence qui n'aura pas réussi à redresser durablement les indicateurs économiques et sociaux. Le Daily Mirror, plus proche du Labour, a choisi une tonalité sobre en rappelant les promesses non tenues. « Starmer s'en va, laissant un parti en pleine introspection », résume l'éditorial du Daily Record, l'édition écossaise.
À l'opposé, la presse conservatrice s'est montrée nettement plus sévère. Le Daily Mail a consacré sa une à une critique acerbe du bilan économique, tandis que The Sun a repris à son compte le surnom peu flatteur de « Captain Hindsight » (Capitaine rétrospective) pour qualifier celui qui avait promis de restaurer la crédibilité du Labour après les années Corbyn. Le Times, plus mesuré, a préféré se focaliser sur l'incertitude ouverte par ce départ soudain, en titrant sur les ambitions affichées d'Andy Burnham.
Andy Burnham, le favori des kiosques
Plusieurs journaux mettent en avant la candidature du maire de Manchester, Andy Burnham, perçu comme le successeur le plus naturel et le mieux placé pour rassembler les différentes ailes du parti. Le Financial Times a consacré un long décryptage aux atouts de l'ancien ministre de la Santé, vantant son « ancrage territorial » et sa « capacité à incarner un renouveau travailliste en dehors de Londres ». Le i a quant à lui titré sur « la course de vitesse qui s'engage au sein du Labour », estimant que Burnham part avec une longueur d'avance sur ses rivaux potentiels.
Le Telegraph, de son côté, s'est montré plus sceptique, prédisant une « bataille fratricide » si plusieurs poids lourds décident d'entrer en lice. Le quotidien conservateur a pointé les risques d'une division durable, comparable à celle qui avait suivi la défaite de 2019.
Un vide politique qui alimente les spéculations
Au-delà des réactions de la presse, le départ de Starmer ouvre une période de transition rapide durant laquelle le Labour devra organiser une élection interne pour désigner son nouveau chef. Les premières déclarations d'Andy Burnham, rapportées par plusieurs sources concordantes, semblent indiquer une volonté de « refermer rapidement le chapitre Starmer » et de « proposer une vision claire pour le pays ». En coulisses, les tractations s'accélèrent entre les différents courants du parti pour tenter d'éviter une longue campagne qui affaiblirait le gouvernement face à une opposition conservatrice en pleine recomposition.
Le boulevard du pouvoir est donc ouvert, mais la route est encore semée d'embûches pour le prochain locataire de Downing Street. La presse britannique, dans sa diversité, reflète ce mélange d'attentes et d'appréhensions : la succession de Keir Starmer ne fait que commencer.