Des accusations ciblées contre le système judiciaire

Le drame entourant la mort de Lyhanna, une jeune fille dont le décès a ému l’opinion publique, a conduit plusieurs personnalités à prendre la parole. Caroline Darian, présidente de l’association M’endors pas et auteure d’ouvrages sur les violences sexuelles, a publiquement mis en cause l’appareil judiciaire français. Dans une déclaration relayée lors d’un rassemblement, elle a estimé que les dysfonctionnements ne sont plus tolérables, évoquant une « inaction systémique » qui aurait laissé la victime sans protection effective. Elle a appelé à une réforme en profondeur de la chaîne pénale, dénonçant un manque de moyens et de réactivité face aux signalements de violences.

Une action coup de poing des Femen

Parallèlement, des militantes du groupe Femen ont mené une action spectaculaire devant les grilles de la place Vendôme, où siège le ministère de la Justice. Seins nus, elles ont déployé une banderole assimilant l’affaire à un « féminicide d’État », en référence à l’absence de réponse des autorités judiciaires avant le décès de l’adolescente. Leur action, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux, visait à interpeller le garde des Sceaux sur ce qu’elles considèrent comme une défaillance des institutions. Les forces de l’ordre sont rapidement intervenues pour interpeller les manifestantes, sans que des heurts majeurs ne soient signalés.

La réponse du ministre de la Justice

Interrogé quelques heures plus tard, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a reconnu la légitimité de l’indignation. « Si j’étais un citoyen et pas ministre, je serais certainement en train de manifester aussi », a-t-il déclaré, tout en appelant à ne pas « jeter l’opprobre sur l’ensemble des magistrats ». Il a annoncé la tenue, dès le lendemain, d’une réunion avec les procureurs généraux afin d’examiner les lacunes éventuelles dans le suivi des plaintes et d’accélérer les procédures en cours. Cette réponse, jugée tardive par les associations, n’a pas apaisé la colère des proches de la victime.

Des rassemblements citoyens malgré l’interdiction

Le week-end a été marqué par plusieurs mobilisations, dont une devant la Chancellerie, organisée malgré l’interdiction préfectorale. Des centaines de personnes se sont rassemblées pour demander des comptes, scandant des slogans appelant à une « justice pour les femmes ». Le maire de la commune d’origine de Lyhanna, Fleurance, a pris la parole au cours d’une de ces manifestations, exhortant les responsables politiques à « passer des paroles aux actes ». Il a dénoncé un système qui, selon lui, échoue trop souvent à protéger les plus vulnérables.

Un contexte de mobilisation nationale

Cet épisode s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation du traitement judiciaire des violences faites aux femmes. Plusieurs rassemblements sont annoncés devant les tribunaux dans les jours à venir, à l’appel de collectifs féministes et de syndicats de magistrats. Ceux-ci dénoncent un sous-financement chronique de la justice, faisant écho aux propos de l’eurodéputé François-Xavier Bellamy qui, après le drame, avait qualifié la justice française de « l’une des moins financées d’Europe ». Le ministre a promis des annonces rapides en matière de budget et de réforme, sans pour autant détailler les mesures concrètes envisagées.

Une enquête en cours

Sur le plan judiciaire, une enquête pour homicide a été ouverte par le parquet. Les investigations doivent déterminer les circonstances exactes du décès de l’adolescente et évaluer si des signalements antérieurs avaient été correctement traités. Les résultats de cette instruction sont attendus avec impatience par la famille et les associations, qui espèrent qu’ils permettront de faire la lumière sur d’éventuelles négligences.