L’ouverture d’un procès très attendu
Ce lundi 9 juin 2026, le tribunal correctionnel d’Auch a ouvert les débats dans le procès d’une avocate et d’un magistrat poursuivis pour ne pas avoir répondu aux appels à l’aide de Lyhanna, 15 ans, assassinée en 2024. Les deux professionnels sont jugés pour homicide involontaire, un motif qui suscite de vives réactions dans l’opinion publique.
Dès les premières heures de l’audience, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant le palais de justice, certaines portant des banderoles dénonçant une « justice qui tue ». Dans la salle d’audience, les parents de l’adolescente, constitués partie civile, ont pris place au premier rang, soutenus par des associations de défense des droits des enfants.
Des charges contestées par la défense
Les prévenus, Me Sophie B. et l’ancien juge des enfants Jean-Luc M., sont accusés de ne pas avoir donné suite à plusieurs signalements et plaintes déposés par la famille de Lyhanna entre 2022 et 2024. Selon l’ordonnance de renvoi, le magistrat aurait notamment classé sans suite une information préoccupante, tandis que l’avocate n’aurait pas diligenté les démarches nécessaires pour protéger l’adolescente.
La défense a rejeté ces accusations en bloc, arguant que ses clients avaient agi dans le cadre de leurs prérogatives et que la charge de travail excessive, liée au manque de moyens de la justice, était la véritable responsable du drame. « On ne peut pas faire porter à des individus seuls le poids d’un système qui dysfonctionne », a plaidé l’un des avocats de la défense, ajoutant que ses clients étaient « profondément éprouvés » par cette procédure.
Une mobilisation nationale et des appels à la retenue
En parallèle de l’audience, des rassemblements de soutien aux parents de Lyhanna ont eu lieu dans plusieurs villes françaises, notamment à Paris, Marseille, Lyon et Lille. À Toulouse, des militants de différents collectifs ont défilé en silence devant le tribunal, réclamant une réforme en profondeur de la protection de l’enfance.
Certaines organisations, comme le Syndicat de la magistrature, ont cependant appelé à « ne pas faire de ce procès un symbole » et à éviter toute instrumentalisation politique. « Ce procès ne doit pas devenir un procès de la justice dans son ensemble, mais doit rester centré sur les faits reprochés aux deux prévenus », a déclaré un représentant syndical. De son côté, l’Ordre des avocats a exprimé sa solidarité avec Me Sophie B., tout en rappelant que « la responsabilité individuelle ne saurait effacer les défaillances systémiques ».
Des enjeux qui dépassent le cadre local
L’affaire Lyhanna avait profondément ému le pays en 2024. La jeune fille avait été enlevée et tuée par un récidiviste, après avoir alerté à plusieurs reprises les autorités sans obtenir de réponse. Depuis, sa famille milite pour que la justice reconnaisse sa part de responsabilité et que des réformes soient engagées.
Le procès doit se poursuivre jusqu’à la fin de la semaine. Le parquet a requis une peine de deux ans d’emprisonnement avec sursis à l’encontre des deux prévenus. Le tribunal rendra sa décision le 16 juin 2026. En attendant, la tension reste vive à Auch, où les manifestants promettent de se rassembler chaque jour devant le palais de justice.