Le candidat d’extrême droite Abelardo de la Espriella a remporté l’élection présidentielle colombienne avec 49,70 % des voix contre 48,70 % pour Iván Cepeda, selon les premiers résultats provisoires. Cet avocat millionnaire, qui affiche ouvertement son admiration pour Donald Trump, Javier Milei et Nayib Bukele, devrait prendre ses fonctions prochainement. Son programme, centré sur une relance des hydrocarbures, marque une rupture nette avec les quatre années de mandat de Gustavo Petro.
Un virage énergétique annoncé
Sous la présidence de Gustavo Petro, qui ne pouvait se représenter, la Colombie s’était engagée dans une transition énergétique ambitieuse. Aucun nouveau contrat d’exploitation d’hydrocarbures n’avait été signé depuis août 2022. Abelardo de la Espriella promet au contraire d’étendre l’exploration pétrolière et gazière, y compris par le recours à la fracturation hydraulique, une technique d’extraction controversée. Cette orientation pourrait conduire à une multiplication des autorisations d’exploitation dans des zones jusqu’ici préservées.
Inquiétudes des militants et experts
Gustavo Valencia, militant environnemental du département du Caquetá, a exprimé son désarroi : « C’est une catastrophe. Je ne comprends pas comment nous avons pu permettre l’élection de quelqu’un dont le seul intérêt est d’arriver au poumon du monde pour en extraire et en détruire les ressources naturelles. » July Mendez, ingénieure environnementale à Tauramena, engagée depuis plus de dix ans contre l’industrie pétrolière, déplore un « retour en arrière énorme ». Elle souligne que le nouveau président n’a présenté aucune proposition sérieuse en faveur de la biodiversité ou de la gestion de l’eau.
Rosario Rojas, professeure spécialisée dans les conflits environnementaux à l’université nationale de Colombie à Bogota, estime qu’il faudra désormais « se battre pour conserver les conquêtes de ces dernières années ». Sous Gustavo Petro, l’environnement avait pour la première fois occupé une place centrale dans le discours politique colombien, rappelle-t-elle.
Un renforcement de l’influence trumpiste en Amérique latine
L’élection d’Abelardo de la Espriella s’inscrit dans un contexte de progression des forces alliées à Donald Trump dans l’hémisphère occidental. Le président américain sortant avait apporté son soutien explicite au candidat colombien dès le mois de juin 2026. Ce scrutin conforte la ligne politique prônée par l’administration Trump en Amérique latine, fondée sur une dérégulation des marchés de l’énergie et un recul des contraintes climatiques.
Les défis juridiques et la double nationalité
La candidature d’Abelardo de la Espriella avait été émaillée de questions relatives à sa double nationalité américaine et colombienne. Des recours avaient été déposés, mais la justice électorale colombienne avait validé sa participation. Son profil d’avocat d’affaires sans expérience politique préalable avait suscité des réserves, mais il a su capitaliser sur un sentiment de rejet des politiques de gauche et sur une promesse de retour à un modèle extractiviste.
Les enjeux pour l’avenir
Les premiers jours de la nouvelle administration devraient être marqués par des décrets visant à relancer les projets d’exploration. Les organisations écologistes préparent des actions en justice et des mobilisations. Le précédent gouvernement avait engagé la Colombie dans une voie de sortie des fossiles ; le nouveau président entend au contraire faire du pays un acteur majeur de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels. La crise climatique mondiale rend ce choix particulièrement controversé, alors que le pays possède l’une des plus grandes biodiversités de la planète.
Le mandat d’Abelardo de la Espriella s’annonce comme un test pour la société civile colombienne, qui devra arbitrer entre développement économique fondé sur les ressources naturelles et protection des écosystèmes. Les premiers signaux envoyés par le président élu laissent présager une confrontation rapide avec les mouvements environnementaux et les communautés locales affectées par l’extraction.