Une citoyenneté américaine au cœur de la campagne
Alors que le second tour de l'élection présidentielle colombienne approche, la candidature d'Abelardo De La Espriella, 47 ans, concentre l'attention sur un aspect inédit : sa double nationalité colombo-américaine. Naturalisé citoyen des États-Unis en 2023 après plus d'une décennie passée en Floride où il exerçait comme avocat de la défense pénale, le candidat d'extrême droite a reçu le soutien du président américain Donald Trump, officialisé le 2 juin 2026.
De La Espriella, qui se présente comme un patriote et porte fièrement le maillot jaune de l'équipe nationale colombienne, doit affronter le candidat de gauche Ivan Cepeda. Ce dernier a immédiatement critiqué l'ingérence étrangère, déclarant que son adversaire permettait « l'intervention de gouvernements étrangers pour définir notre course électorale ». De nombreux analystes estiment néanmoins que le soutien de Trump renforce les chances de De La Espriella, qui met en avant sa proximité avec Washington comme un atout.
Ce que dit le droit américain
Aux États-Unis, rien n'oblige un chef d'État étranger à renoncer à sa citoyenneté américaine. Peter Spiro, expert en citoyenneté et professeur à l'université Temple, cite l'exemple du pape, qui possède également la double nationalité. La Cour suprême a statué que les binationaux ne perdent leur citoyenneté américaine que s'ils expriment clairement leur intention d'y renoncer. Des actes comme se présenter à une élection étrangère n'entraînent pas automatiquement cette perte, selon Amanda Frost, professeure de droit à l'université de Virginie. Charles Kuck, ancien président de l'Association américaine des avocats en immigration, rappelle que d'autres dirigeants latino-américains ont été binationaux, à l'image du président équatorien Daniel Noboa, né à Miami, ou de l'ancien président péruvien Pedro Pablo Kuczynski qui, lui, avait renoncé à sa citoyenneté américaine avant d'entrer en fonction.
Ce que dit le droit colombien
Du côté colombien, la Constitution n'impose pas non plus l'abandon du passeport américain. Luis Gilberto Murillo, ancien ambassadeur colombien aux États-Unis, souligne que le président Gustavo Petro possède lui-même les nationalités italienne et colombienne. Toutefois, une interrogation demeure : un président colombien pourrait-il détenir une « triple nationalité » ? De La Espriella possède en effet également un passeport italien et résidait à Florence avant de revenir en Colombie pour se lancer dans la course présidentielle.
La position du candidat
La campagne de De La Espriella n'a pas précisé s'il renoncerait à sa nationalité américaine s'il était élu. Il se présente comme un défenseur de la « mère patrie » contre les trafiquants de drogue, tout en laissant entendre que sa citoyenneté américaine lui conférerait un avantage dans ses relations avec l'administration Trump, qui a fait de l'Amérique latine une priorité. Face aux violences qui marquent la campagne, le candidat a également brandi un avertissement : « Que ce soit clair : quiconque s'en prend à un citoyen américain – gouvernement, criminels ou narco-terroristes – devra faire face à toute la force de la justice américaine », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.
Les réactions des responsables américains
La représentante républicaine de Floride Maria Elvira Salazar, alliée de De La Espriella, a suggéré qu'il représenterait les intérêts américains s'il était élu. Dans un message vidéo exhortant les Colombiens à voter, elle a affirmé : « Nous savons qu'il est un ami des États-Unis ».
En revanche, le sénateur républicain de l'Ohio Bernie Moreno, pourtant partisan de la candidature, s'est montré plus réservé sur la compatibilité des deux allégeances. « Mon hypothèse serait qu'il ne pourrait pas être citoyen américain tout en étant président d'un pays – c'est juste du bon sens », a-t-il déclaré à la presse.
L'avis des électeurs
Des commentateurs politiques colombiens et des électeurs expriment des inquiétudes : la nationalité américaine de De La Espriella pourrait donner aux États-Unis une influence disproportionnée sur ses décisions, notamment en matière de défense et de sécurité. Le débat sur la double nationalité s'inscrit dans un contexte plus large aux États-Unis, où la question de la citoyenneté fait l'objet de vifs échanges politiques.
Un précédent en Amérique latine
Si De La Espriella remportait l'élection, il ne serait pas le premier dirigeant latino-américain binational, mais son cas est particulier en raison de la nationalité américaine et des tensions géopolitiques actuelles. L'issue du scrutin, prévu dans les prochaines semaines, déterminera si ce précédent devient réalité.