Un clash diplomatique à quelques jours du second tour

Le président colombien Gustavo Petro a violemment pris à partie son homologue américain Donald Trump, jeudi 5 juin, accusant la Maison-Blanche de s’allier avec des « narco-paramilitaires » dans la campagne pour l’élection présidentielle colombienne. Dans un entretien accordé à l’Agence France-Presse depuis le palais présidentiel, Petro a dénoncé le soutien apporté par Trump au candidat d’extrême droite Abelardo de la Espriella, qu’il présente comme un représentant du « régime narco-paramilitaire ». « Leurs alliés en Colombie viennent du régime narco-paramilitaire ; ce sont des génocidaires et des trafiquants de drogue », a-t-il déclaré, tout en mâchant une barre de chocolat fabriquée par des agriculteurs ayant remplacé leurs plantations de coca par des cacaoyers.

Un soutien américain perçu comme une ingérence

La prise de position de Petro intervient après que Trump a officiellement apporté son soutien à De la Espriella, mardi 3 juin, vantant ses « accomplissements immenses dans la vie et son soutien politique à moi, personnellement ». Ce dernier, avocat de 47 ans ayant fait fortune en défendant des paramilitaires liés au narcotrafic, des fraudeurs et des stars du football, a créé la surprise en arrivant en tête du premier tour de l’élection présidentielle le 31 mai, devant le sénateur de gauche Iván Cepeda, allié de Petro. Les deux hommes s’affronteront au second tour le 21 juin.

Petro a exprimé son « regret » de voir des « figures et gouvernements qui veulent lutter contre le trafic de drogue contribuer en réalité à porter le crime au pouvoir politique en Colombie ». Il a accusé Trump d’avoir violé un accord conclu en février lors de sa visite à la Maison-Blanche, qui prévoyait une non-ingérence dans le scrutin colombien. « Ce qu’ils (les États-Unis) mettent en œuvre, c’est une politique idéologique qui divise le monde entre ceux qui pensent comme eux et ceux d’entre nous qui ne pensent pas comme cela », a-t-il ajouté.

Un contexte de tensions bilatérales récurrentes

Les relations entre Washington et Bogota restent marquées par des désaccords profonds. L’année dernière, Donald Trump avait imposé des sanctions à Gustavo Petro, le qualifiant de « chef de la drogue » pour son incapacité à endiguer la production et le trafic de cocaïne, dont la Colombie est le premier producteur mondial. Les deux dirigeants s’étaient également opposés sur les expulsions de migrants par les États-Unis ainsi que sur les frappes meurtrières visant les bateaux de trafiquants latino-américains.

Malgré une apparente détente lors de la rencontre de février, les tensions ont resurgi avec l’entrée de Trump dans la campagne électorale colombienne. Le président américain cherche à influencer plusieurs scrutins en Amérique latine en soutenant des candidats de droite fermes sur la criminalité et l’immigration, face à des adversaires de gauche qu’il qualifie de marxistes.

Un candidat soutenu par l’ex-président Uribe

Abelardo de la Espriella bénéficie du soutien de l’ancien président Alvaro Uribe, figure de la droite dure, lui-même accusé de collusion avec des paramilitaires impliqués dans des massacres de civils pendant le conflit qui a déchiré la Colombie pendant plus de six décennies. Petro et Cepeda accusent ces groupes paramilitaires d’avoir commis un « génocide » d’activistes et de personnalités politiques de gauche, dont le père de Cepeda, sénateur communiste assassiné en 1994.

De son côté, la droite colombienne et l’administration Trump reprochent à Petro sa prétendue indulgence envers les guérillas d’extrême gauche, dont certaines continuent de combattre l’État et de financer leurs activités par le trafic de cocaïne.

Une élection sous haute tension

La campagne pour le second tour de la présidentielle colombienne se déroule dans un climat de violence, la pire vague d’insécurité depuis la signature de l’accord de paix avec les FARC en 2016. Si le pays a connu une relative prospérité ces dernières années, des zones entières restent sous l’emprise de groupes armés luttant pour le contrôle des routes de la cocaïne, de l’or illégal et des extorsions. Le duel entre Iván Cepeda et Abelardo de la Espriella reflète l’affrontement entre deux visions radicalement opposées de l’avenir du pays.