Le second tour de l'élection présidentielle colombienne, qui s'est tenu le 21 juin, a vu la victoire serrée d'Abelardo de la Espriella. Cet avocat millionnaire, soutenu par l'ancien président américain Donald Trump, a obtenu 49,65 % des suffrages, devançant le sénateur de gauche Iván Cepeda, crédité de 48,70 % des voix. Ce résultat, qui n'a laissé que peu de marge, marque un basculement net du pays vers la droite, alors que le candidat vainqueur s'est engagé à mener une « guerre totale » contre les groupes de guérilla et les trafiquants de drogue.

Âgé de 48 ans, Abelardo de la Espriella n'avait jusqu'alors jamais occupé la moindre fonction élective ou exécutive. Son profil est celui d'un entrepreneur et avocat d'affaires prospère, ayant fait fortune dans le secteur pétrolier et gazier. Sa campagne, qualifiée d'« antisystème », s'est appuyée sur un discours sécuritaire très ferme et une proximité revendiquée avec les États-Unis, en particulier avec Donald Trump, qui lui a apporté un soutien public. Cette alliance a suscité de vives critiques de la part du camp sortant. Le président sortant Gustavo Petro a ainsi accusé Washington de soutenir des « narco-paramilitaires », une escalade rhétorique qui a marqué les derniers jours de la campagne.

Une campagne sous tension et un scrutin sécurisé

La campagne électorale s'est déroulée dans un climat de forte polarisation et de menaces. Le jour du scrutin, Abelardo de la Espriella s'est adressé à ses partisans depuis Barranquilla, derrière une vitre pare-balles, un signe des risques sécuritaires qui ont pesé sur le processus. Sa promesse phare est de restaurer l'ordre public par une répression accrue des groupes armés, une position qui a séduit une partie de l'électorat lassé par la violence persistante dans plusieurs régions du pays.

Un président novice aux rênes d'une nation divisée

L'arrivée au pouvoir d'Abelardo de la Espriella représente un défi majeur pour la Colombie. Sans expérience gouvernementale, il devra composer avec un Congrès où les équilibres sont fragiles et répondre à des attentes contrastées : une base électorale exigeant une mano dure, et une partie de la société civile inquiète des dérives autoritaires potentielles. Par ailleurs, sa double nationalité américaine a soulevé des questions juridiques durant la campagne, sans que cela n'ait entravé sa candidature.

Les prochaines semaines seront déterminantes pour connaître la composition de son équipe gouvernementale et les premières orientations concrètes de sa politique, notamment en matière de sécurité, de lutte contre la drogue et de relations avec les États-Unis.