La Colombie bascule à droite. Abelardo de la Espriella a été élu président de la République à l’issue du second tour de l’élection présidentielle, selon les résultats officiels. Le candidat d’extrême droite, ouvertement aligné sur les positions de l’ancien président américain Donald Trump, succède ainsi au chef de l’État sortant, Gustavo Petro.
Un scrutin sous le signe de l’ingérence américaine
La campagne du second tour a été marquée par une ingérence directe et assumée de Donald Trump. Ce dernier avait apporté son soutien explicite à Abelardo de la Espriella dès le premier tour, une intervention inédite d’un ancien président américain dans une élection latino-américaine. Ce soutien a été perçu par Bogota comme une provocation, d’autant que Gustavo Petro n’a cessé de dénoncer, durant les semaines précédant le scrutin, ce qu’il qualifie de soutien de Donald Trump à des « narco-paramilitaires » colombiens.
Le président sortant, issues des rangs de la gauche, avait multiplié les accusations ces dernières semaines, affirmant que l’ancien locataire de la Maison-Blanche entretenait des liens avec des groupes armés illégaux opérant sur le territoire colombien. Ces déclarations, reprises par plusieurs médias, avaient contribué à tendre les relations bilatérales entre Washington et Bogota.
La double nationalité, un épineux dossier juridique
L’élection d’Abelardo de la Espriella soulève par ailleurs une question juridique sensible : sa double nationalité. Le nouveau président est en effet également citoyen américain, ce qui a suscité un débat sur sa capacité à exercer la plus haute fonction de l’État colombien. La Constitution colombienne interdit à toute personne possédant une autre nationalité de briguer la présidence, sauf à renoncer à cette nationalité avant l’élection.
Selon plusieurs sources, Abelardo de la Espriella aurait bien entamé des démarches pour renoncer à sa citoyenneté américaine avant le scrutin. Toutefois, la procédure, longue et complexe, n’était pas achevée au moment du vote. Des recours en justice pourraient être déposés par l’opposition pour contester la validité de son élection sur ce fondement.
Un virage politique majeur
L’arrivée d’un président d’extrême droite à la tête de la Colombie marque un tournant politique dans un pays qui avait élu en 2022 le premier gouvernement de gauche de son histoire, avec Gustavo Petro. Ce dernier avait engagé des réformes sociales et économiques ambitieuses, mais s’était heurté à une vive opposition parlementaire et à une crise sécuritaire persistante.
Abelardo de la Espriella, ancien député et figure de la droite conservatrice, a fait campagne sur un programme de lutte contre l’insécurité et de relance économique, promettant une rupture nette avec les politiques de son prédécesseur. Il s’est également engagé à renforcer les liens avec les États-Unis, notamment en matière de coopération militaire et de lutte contre le narcotrafic.
Des relations bilatérales sous tension
Les accusations répétées de Gustavo Petro à l’encontre de Donald Trump ont contribué à crisper le dialogue entre les deux pays. Alors que Washington voyait d’un mauvais œil l’élection d’un président de gauche en Colombie, allié historique des États-Unis en Amérique latine, le retour à une droite pro-américaine pourrait apaiser les tensions, mais aussi relancer les critiques sur l’influence de Washington dans la région.
Reste à savoir si la nouvelle administration colombienne parviendra à dissiper les soupçons pesant sur ses liens avec certains réseaux illégaux, dénoncés par l’ancien président. L’opposition, bien que sonnée par sa défaite, pourrait tenter de maintenir la pression sur le nouveau chef de l’État en mobilisant l’opinion publique et les institutions judiciaires.
Un avenir incertain pour la paix
L’un des principaux défis qui attend Abelardo de la Espriella est la poursuite des négociations de paix avec les groupes armés encore actifs dans le pays. Le précédent gouvernement avait ouvert des discussions avec plusieurs organisations, mais le processus est fragile et contesté par une partie de la classe politique. Le nouveau président a laissé entendre qu’il entendait durcir la ligne face aux groupes illégaux, sans pour autant fermer totalement la porte à un dialogue.
Sur le plan économique, la Colombie fait face à une inflation élevée et à une croissance atone, ce qui pourrait limiter la marge de manœuvre du nouveau gouvernement. Les marchés financiers ont toutefois accueilli favorablement l’élection d’un candidat jugé plus libéral et favorable aux investissements étrangers.