Les députés s'apprêtent à examiner à partir de mardi après-midi en séance publique le projet de loi constitutionnelle intitulé « pour une Corse autonome au sein de la République ». Ce texte, qui ne comporte qu'un seul article, est le fruit d'un compromis laborieux entre le gouvernement et l'Assemblée de Corse, dans le cadre du processus dit de Beauvau, lancé en mars 2022. Un vote solennel est prévu dans l'hémicycle le 23 juin. Comme il s'agit d'une révision de la Constitution, les débats repartiront de la version initiale du texte, et non de celle adoptée en commission des Lois au début du mois, où le texte avait été approuvé par 20 voix pour, 6 contre (toutes issues des rangs des Républicains) et 6 abstentions.

Un équilibre politique sous tension Ce texte « court mais ultrasensible », selon les termes employés lors de son audition par la ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation, Françoise Gatel, doit composer avec des sensibilités politiques très diverses. La ministre avait elle-même souligné que « la démocratie produit rarement des objets aussi délicats ». Le vote en commission a déjà montré les clivages, l'oppostion la plus nette venant des Républicains, tandis que les autres groupes se sont partagés entre soutien et abstention.

Parallèlement, le Rassemblement national a opéré un virage notable en faveur d'une autonomie encadrée, après son alliance avec les identitaires. Cette position nouvelle pourrait influencer le cours des débats et le rapport de force dans l'hémicycle. Ce basculement intervient alors que le projet d'autonomie cristallise les inquiétudes d'une partie de la droite républicaine et de la majorité présidentielle.

L'avertissement de Gilles Simeoni Le président du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, a multiplié les mises en garde ces derniers jours. Il a prévenu qu'un échec du projet d'autonomie serait « lourd de conséquences ». Selon lui, l'aboutissement de ce processus est crucial pour l'avenir de l'île et pour la paix institutionnelle. Ses déclarations traduisent une attente forte des élus nationalistes corses, qui voient dans ce texte une étape historique après des années de revendications.

Les prochains jours s'annoncent décisifs pour l'avenir institutionnel de la Corse. Le gouvernement devra mobiliser ses soutiens pour faire adopter un texte qui, s'il modifie la Constitution, nécessite une majorité des trois cinquièmes au Parlement réuni en Congrès, une fois le vote de l'Assemblée nationale et du Sénat acquis. L'issue du scrutin du 23 juin à l'Assemblée nationale donnera un premier aperçu de la capacité du compromis de Beauvau à résister à l'épreuve du suffrage universel.