Le président du conseil exécutif de Corse a averti qu’un rejet du projet d’autonomie de l’île par les députés aurait des retombées négatives importantes. Gilles Simeoni a employé les termes « lourd de conséquences » pour décrire le scénario d’un échec parlementaire, dans une déclaration rapportée vendredi 13 juin.
Un processus engagé depuis plusieurs années
Ce projet de réforme institutionnelle, porté par les nationalistes corses depuis leur arrivée à la tête de la collectivité unique en 2015, vise à obtenir un statut d’autonomie pour l’île dans le cadre de la République française. Le texte, qui doit être examiné par l’Assemblée nationale, prévoit un transfert de compétences accru dans des domaines tels que l’aménagement du territoire, les transports ou encore la politique linguistique, sans remettre en cause l’appartenance à la France.
Le processus a connu une accélération après l’adoption par l’Assemblée de Corse, en juillet 2023, d’une résolution en faveur de l’autonomie, suivie par l’ouverture de discussions avec le gouvernement. Ces échanges ont abouti à la présentation d’un texte de loi constitutionnelle, dont l’examen parlementaire est désormais attendu.
La mise en garde du président du conseil exécutif
Dans son intervention, Gilles Simeoni a insisté sur le fait qu’un refus de la représentation nationale d’adopter ces dispositions pourrait générer une crise politique et sociale dans l’île. Il a estimé qu’une telle issue serait perçue comme une fin de non-recevoir après un dialogue de longue haleine, et risquerait de raviver les tensions. « Si le projet échoue, les conséquences seront lourdes », a-t-il déclaré, sans préciser la nature exacte des répercussions envisagées.
Le dirigeant nationaliste a également souligné que la population corse attendait des avancées concrètes sur ce dossier, et qu’une impasse au Parlement serait vécue comme un désaveu de la part de l’État.
Un calendrier parlementaire incertain
L’examen du texte à l’Assemblée nationale n’a pas encore été programmé de manière définitive, mais plusieurs sources évoquent une inscription à l’ordre du jour avant la fin de la session ordinaire. La majorité relative du gouvernement doit faire face à des oppositions variées : certains élus jugent les concessions trop importantes, tandis que d’autres estiment qu’elles ne vont pas assez loin.
Les discussions devraient également intervenir dans un contexte politique national marqué par la préparation de la prochaine élection présidentielle, ce qui pourrait compliquer l’obtention d’un consensus. Gilles Simeoni a appelé les parlementaires à ne pas faire de ce dossier un enjeu partisan, tout en réaffirmant la volonté de son équipe de poursuivre la négociation.
Enjeux politiques et sociaux
Le projet d’autonomie corse s’inscrit dans un débat plus large sur l’évolution des institutions françaises et la reconnaissance des spécificités régionales. Pour les nationalistes, il s’agit d’une étape nécessaire pour répondre aux aspirations de la société corse, en matière de développement économique et de préservation culturelle.
L’île bénéficie déjà de compétences élargies depuis la création de la collectivité unique en 2018, mais les autonomistes estiment que ces dispositifs restent insuffisants. L’enjeu immédiat est désormais de convaincre une majorité de députés de la nécessité de cette réforme, alors que plusieurs voix se sont élevées à droite comme à gauche pour dénoncer un risque d’atteinte à l’unité nationale.
Quelles suites possibles ?
En cas de rejet du texte, plusieurs options s’offriraient aux élus corses : soit une nouvelle mouture amendée serait présentée, soit un recours à une forme de médiation pourrait être envisagé. Mais Gilles Simeoni a prévenu qu’un échec pur et simple aurait des conséquences durables sur la relation entre la Corse et l’État.
Dans l’immédiat, les regards se tournent vers le Palais-Bourbon, où le débat devrait s’ouvrir dans les prochaines semaines. Le président du conseil exécutif a promis de poursuivre le travail de persuasion auprès des différentes forces politiques pour tenter de garantir l’adoption du projet.