Les discussions autour du projet d’autonomie de la Corse entrent dans une phase décisive à l’Assemblée nationale. Alors que les premiers échanges ont révélé de vives oppositions sur plusieurs bancs, la ministre de la Décentralisation, Catherine Vautrin, a pris la parole pour interpeller directement les adversaires de la réforme. « De quoi avez-vous peur ? », a-t-elle lancé aux députés hostiles au texte, les invitant à expliciter leurs réserves plutôt que de bloquer le processus par principe.
Cette intervention marque un tournant dans la stratégie du gouvernement, qui cherche à accélérer l’examen du texte avant l’été. La ministre a défendu une approche pragmatique, estimant que le statut particulier accordé à la Corse ne remet pas en cause l’unité nationale, mais permet au contraire de répondre à des revendications historiques dans un cadre républicain. Elle a insisté sur le fait que le projet repose sur des garanties solides, notamment en matière de solidarité financière et de respect des lois de la République.
Des oppositions multiples
Les détracteurs du projet d’autonomie viennent d’horizons divers. À gauche, plusieurs élus craignent que cette réforme n’ouvre la voie à un « à la carte » territorial qui affaiblirait la cohésion nationale. À droite et à l’extrême droite, certains dénoncent une « brèche » dans le principe d’indivisibilité de la République. Les débats ont été ponctués d’échanges tendus, la ministre répondant point par point aux arguments soulevés.
Catherine Vautrin a également rappelé que le texte avait fait l’objet de longues négociations avec les élus corses, qui plaident depuis des années pour une reconnaissance de leur spécificité insulaire et linguistique. « L’autonomie, ce n’est pas l’indépendance, c’est une plus grande capacité à décider localement », a-t-elle souligné, cherchant à désamorcer les accusations de séparatisme.
Un calendrier serré
L’examen du texte se déroule dans un climat politique tendu, alors que le gouvernement doit composer avec une majorité relative. Le ministre des Relations avec le Parlement a indiqué que des discussions de dernière minute étaient en cours afin d’obtenir un compromis acceptable par le plus grand nombre. L’objectif affiché est d’aboutir à un vote avant la fin de la session ordinaire, mais rien n’est joué.
Les amendements déposés se comptent par centaines, signe de l’intensité des débats à venir. Parmi les points les plus sensibles figurent la reconnaissance de la langue corse, les compétences fiscales de la future collectivité et le contrôle de l’immigration sur l’île. Le gouvernement a déjà fait savoir qu’il n’accepterait pas de dispositions contraires aux engagements européens ou à la Constitution.
Une réforme suivie de près en Corse
Dans l’île, l’issue du vote est attendue avec fébrilité. Le président du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, a prévenu qu’un échec serait « lourd de conséquences » pour la stabilité de l’île. Les élus nationalistes, majoritaires à l’Assemblée de Corse, ont conditionné leur soutien au gouvernement à l’adoption d’un texte ambitieux. Si les discussions achoppent, le risque d’une nouvelle poussée de contestation sociale et politique n’est pas exclu.
Pour l’heure, les positions restent figées. Les opposants au projet refusent de céder sur le principe d’égalité républicaine, tandis que le gouvernement tente de trouver une voie médiane. La suite des débats s’annonce déterminante pour l’avenir institutionnel de la Corse et pour l’équilibre politique national.