À moins de vingt-quatre heures du début des débats parlementaires sur le projet de réforme constitutionnelle visant à accorder un statut d'autonomie à la Corse, la ministre de la Décentralisation a lancé un appel aux détracteurs de cette initiative. Dans une déclaration publique, la membre du gouvernement a exhorté les opposants à ne pas entraver le processus et à privilégier la voie de la concertation. « Le gouvernement est déterminé à aller de l'avant, mais nous avons besoin que chacun prenne ses responsabilités », a-t-elle affirmé, sans toutefois préciser les mesures envisagées en cas d'obstruction.

Le texte, qui doit être examiné à partir de mardi 16 juin 2026 dans l'hémicycle, prévoit de modifier la Constitution pour reconnaître à la collectivité de Corse un pouvoir législatif dans certains domaines, notamment l'aménagement du territoire, la langue et la culture. Cette réforme, portée par le gouvernement, a suscité de vives réactions au sein de la classe politique, entre soutiens affichés et résistances farouches. La ministre a souligné que le projet répondait à une « attente historique » des élus et de la population insulaire, tout en insistant sur la nécessité de « ne pas céder aux postures ».

Des oppositions multiples

Plusieurs formations politiques ont exprimé leur hostilité au projet, craignant une « balkanisation » de la République ou une remise en cause du principe d'indivisibilité de l'État. Certains élus d'opposition estiment que ce statut particulier pourrait créer un précédent pour d'autres régions. La ministre a répondu à ces critiques en rappelant que la Corse bénéficie déjà de dispositions spécifiques depuis plusieurs décennies, et que la réforme s'inscrit dans « un cadre républicain strict ». Elle a également invité les parlementaires à « lire le texte dans son intégralité » avant de se prononcer.

Le président du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, avait déjà prévenu, quelques jours plus tôt, qu'un échec de ce projet serait « lourd de conséquences » pour l'île, évoquant un risque de désillusion politique. De son côté, le gouvernement mise sur un compromis entre les différents groupes parlementaires pour faire adopter la réforme, qui nécessite une majorité des trois cinquièmes au Congrès si elle n'est pas soumise à référendum.

Des débats attendus sous haute tension

Les discussions qui s'ouvrent mardi s'annoncent âpres. Plusieurs amendements ont d'ores et déjà été déposés par des députés de tous bords, certains visant à limiter la portée de l'autonomie, d'autres à l'étendre. La ministre de la Décentralisation a assuré que le gouvernement restait « ouvert à la discussion » mais qu'il ne transigerait pas sur « les principes fondamentaux de l'État de droit ». Elle a également insisté sur l'importance de ne pas laisser la question corse devenir un « enjeu de division nationale ».

Au-delà du Parlement, la société civile corse suit le débat avec attention. Des collectifs autonomistes et nationalistes appellent à des rassemblements de soutien devant l'Assemblée nationale, tandis que des voix modérées appellent à la retenue. La ministre a conclu en affirmant que la réussite de cette réforme dépendrait de la capacité de toutes les parties prenantes à « dépasser les clivages » et à construire « un avenir commun pour la Corse dans la République ».