Alors que les Nations unies ont lancé une opération d'évacuation pour plus de 11 000 marins bloqués depuis quatre mois dans le détroit d'Ormuz, l'Iran a durci sa position en mettant en garde les armateurs contre toute traversée sans son autorisation. Les autorités iraniennes ont également exclu l'idée d'une route maritime alternative.
Mise en garde de Téhéran
Dans une déclaration officielle, les autorités iraniennes ont signifié aux compagnies maritimes qu'elles ne toléreraient aucun passage à travers le détroit d'Ormuz qui n'ait été préalablement approuvé par Téhéran. « Toute traversée sans notre autorisation est inacceptable et aura des conséquences », a prévenu un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères. Cette position intervient alors que des discussions diplomatiques se poursuivent entre l'Iran et les États-Unis, dans le cadre d'un accord récent ayant permis la levée du blocus américain et le passage de premiers pétroliers iraniens il y a quelques jours.
Rejet d'une route alternative
L'Iran a également rejeté fermement la proposition d'une voie maritime alternative au détroit d'Ormuz, par laquelle certains armateurs espéraient contourner le passage sous contrôle iranien. « Il n'y a pas de route alternative viable », a affirmé un responsable du ministère iranien des Transports, ajoutant que tout détour serait perçu comme une tentative de contourner la souveraineté de la République islamique. Cette position complique les efforts des compagnies maritimes internationales, qui cherchent des moyens de maintenir le trafic tout en respectant les nouvelles exigences iraniennes.
Évacuation massive en cours
Parallèlement, l'ONU a entamé l'évacuation de plus de 11 000 marins bloqués dans la zone depuis quatre mois, à la suite de l'escalade militaire et des restrictions de circulation. Selon un communiqué des Nations unies, plusieurs navires humanitaires ont été dépêchés sur place pour rapatrier les équipages, dont beaucoup se trouvaient sans ravitaillement suffisant. Les conditions de vie à bord des navires immobiles se seraient fortement dégradées, certains marins manquant d'eau potable et de nourriture. « Notre priorité est de ramener ces personnes en sécurité », a déclaré un porte-parole de l'Organisation maritime internationale, qui coordonne l'opération.
Un trafic encore fragile
La situation dans le détroit d'Ormuz reste très instable. Après des semaines de blocage quasi total, seulement 25 traversées ont été enregistrées en une journée, la semaine dernière, un chiffre très inférieur à la normale où plusieurs centaines de navires transitent quotidiennement. Les compagnies maritimes se montrent prudentes, hésitant à engager leurs navires sans garanties de sécurité. Un méthanier français a toutefois réussi à franchir le détroit pour la première fois depuis le début du conflit, mais les armateurs restent inquiets face aux incertitudes sur les conditions imposées par Téhéran.
Réactions internationales
Les mises en garde iraniennes ont suscité des réactions contrastées. Les États-Unis, par la voix de leur département d'État, ont appelé à une « désescalade immédiate » et au respect de la liberté de navigation. Washington a aussi rappelé que des discussions sont en cours pour consolider l'accord qui a permis la levée du blocus américain. De leur côté, les pays du Golfe, notamment l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, suivent de près la situation, le détroit d'Ormuz étant une voie de transit majeure pour le pétrole de la région.
Des perspectives incertaines
L'évacuation des marins bloqués est une opération complexe : les autorités iraniennes doivent donner leur accord pour l'accès des navires humanitaires, et les équipages, de multiples nationalités, doivent être répartis vers leurs pays d'origine. Par ailleurs, le rejet d'une route alternative par Téhéran réduit les options pour les armateurs, qui pourraient devoir accepter de passer sous le contrôle iranien ou choisir de contourner la péninsule arabique par le cap de Bonne-Espérance, allongeant considérablement les trajets et les coûts.
Implications pour le commerce mondial
Le détroit d'Ormuz voit transiter environ 20 % du pétrole mondial. Le maintien de tensions élevées et les menaces iraniennes pèsent sur les prix du brut, qui sont restés volatils ces dernières semaines. Les compagnies d'assurance maritimes ont également relevé leurs primes pour les navires s'aventurant dans la zone. La communauté internationale attend désormais des avancées diplomatiques concrètes pour éviter une crise prolongée.