La controverse née de la décision de la FIFA de suspendre la suspension d'un match de Folarin Balogun, expulsé lors du Mondial 2026, prend une ampleur politique inédite. Des députés européens, issus de plusieurs groupes politiques, ont officiellement saisi les instances compétentes pour demander l'ouverture d'une enquête visant Gianni Infantino, le président de l'instance dirigeante du football mondial. Ils estiment que la procédure suivie pour annuler la sanction automatique du joueur de la sélection américaine constitue une violation flagrante des principes d'indépendance et d'intégrité du sport.

Une décision unilatérale et opaque

Selon des documents et témoignages concordants, la décision de lever la suspension de Balogun n'a pas été prise collégialement par la commission de discipline de la FIFA, composée de dix-huit membres. Un rapport a révélé que le président de cette commission, Mohammad al-Kamali, aurait agi seul, sans consulter les autres membres. Ce mode opératoire, s'il est confirmé, contreviendrait directement aux statuts de la FIFA, qui garantissent l'autonomie de ses organes judiciaires. Gianni Infantino avait pourtant défendu la procédure en déclarant : « Les organes judiciaires de la FIFA sont indépendants. Ils fonctionnent de manière autonome… Leur indépendance est essentielle à la crédibilité et à l'intégrité du football, et cela doit toujours être respecté. »

L'affaire a pris une dimension politique majeure lorsqu'il est apparu que le président américain Donald Trump et des membres de son administration avaient directement fait pression sur la FIFA pour obtenir la levée de la sanction. Trump a publiquement remercié Infantino pour cette décision, lors d'une apparition conjointe à la Maison-Blanche où il a également réitéré des allégations non fondées sur l'élection présidentielle de 2020. Cette intervention a été perçue comme une ingérence politique inadmissible, d'autant que les statuts de la FIFA interdisent explicitement toute influence des pouvoirs publics.

Réactions et demandes d'enquête

L'Union des associations européennes de football (UEFA) a qualifié la décision de « sans précédent, incompréhensible et injustifiable ». La Belgique, adversaire des États-Unis au tour suivant, a été autorisée à faire appel, mais la polémique n'a cessé de s'amplifier. Les députés européens, s'appuyant sur ces éléments, demandent désormais à la Commission européenne et au Conseil de l'Europe de se saisir du dossier, estimant que l'affaire met en lumière des dysfonctionnements systémiques au sein de la FIFA, dont le siège social est basé en Suisse. Ils réclament une enquête approfondie sur le rôle de Gianni Infantino et sur les circonstances exactes de la prise de décision concernant Balogun.

Le joueur pris dans la tourmente

Folarin Balogun, attaquant de Monaco âgé de 25 ans, a exprimé son malaise face à la situation. Dans un entretien, il a confié : « Ma première réaction a été d'être heureux de réintégrer l'équipe, mais quand j'ai commencé à réfléchir, j'ai su que cela allait provoquer beaucoup de controverses et je pouvais presque voir chez mes coéquipiers une certaine nervosité parce que c'est quelque chose de tellement unique. » Il a précisé que « le bruit extérieur est difficile à éviter », évoquant l'atmosphère tendue au sein de la sélection américaine avant sa défaite 4-1 face à la Belgique en huitièmes de finale. Balogun a révélé avoir appris la nouvelle de son rétablissement alors qu'il se trouvait dans le bus de l'équipe, provoquant des « cris et des hurlements » parmi les joueurs. Il a ajouté : « C'était déroutant car l'équipe s'entraînait sans moi. J'ai presque joué un rôle de soutien pour maintenir le moral. »

Vers un élargissement du Mondial

En parallèle de cette affaire, la FIFA semble envisager un nouvel élargissement de la Coupe du monde, une perspective qui suscite également des interrogations sur la gouvernance de l'instance. Les députés européens estiment que ces deux dossiers révèlent un besoin urgent de réforme et de transparence au sein de l'organisation. L'enquête demandée pourrait faire la lumière sur les pratiques décisionnelles et sur l'éventuelle influence d'acteurs politiques dans le sport.