L'épidémie d'Ebola qui sévit dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) prend une ampleur préoccupante. Le directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), le Dr Jean Kaseya, a livré un constat alarmant jeudi : le traçage des contacts, maillon essentiel pour briser les chaînes de transmission, se révèle gravement insuffisant. Lors d'un point de presse, il a indiqué que les équipes sanitaires ne parvenaient actuellement à identifier que 30 % des contacts d'un patient confirmé, alors qu'un taux de 80 % est jugé nécessaire pour enrayer la propagation.
« Si nous n'arrêtons pas cette épidémie maintenant, ce sera forcément la plus grande épidémie d'Ebola de l'histoire », a déclaré le Dr Kaseya. L'Afrique CDC recrute 20 000 travailleurs rémunérés, principalement des jeunes issus des communautés touchées, qui seront formés dans les semaines à venir à la recherche des contacts, à la sensibilisation et à la conduite d'enterrements sécurisés.
Des chiffres en forte hausse
Selon le ministère de la Santé congolais, plus de 1 100 personnes ont été testées positives au virus Ebola depuis le mois de mai. Le bilan officiel fait état de plus de 250 décès, mais les autorités sanitaires estiment que ce chiffre est probablement très inférieur à la réalité, le virus ayant circulé plusieurs mois avant d'être identifié. La province de l'Ituri, épicentre de la flambée, concentre l'essentiel des cas. Le Dr Kaseya a souligné que la majorité des personnes dépistées positives n'étaient pas connues des services de santé, signe d'une transmission communautaire « énorme, énorme ».
Capacités hospitalières saturées
Les structures d'urgence dédiées à Ebola dans l'est du pays sont submergées : près de 95 % des lits disponibles sont déjà occupés, un niveau proche de la rupture. Le virus en cause, de la souche Bundibugyo, circule notamment dans des camps accueillant environ un tiers des déplacés de la région, où les conditions de promiscuité aggravent les risques de contagion. En milieu urbain, chaque malade peut avoir 40 contacts, mais dans un camp, ce nombre peut atteindre 120, compliquant encore la tâche des équipes de traçage.
Essais cliniques imminents
Aucun traitement approuvé n'existe pour la souche Bundibugyo. Toutefois, des essais cliniques portant sur des médicaments potentiels, ainsi que sur un produit destiné à prévenir l'infection chez les personnes exposées, devraient débuter dès la semaine prochaine. Ce calendrier exceptionnellement rapide reflète les années de préparation des chercheurs en vue d'une épidémie.
L'Afrique CDC insiste sur l'urgence d'une action coordonnée pour éviter une catastrophe sanitaire de grande ampleur.