L'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo continue de s'étendre, avec un total de 676 cas confirmés et 136 morts, auxquels s'ajoutent 119 cas suspects, selon les derniers relevés officiels datant du 11 juin. L'Ouganda voisin signale pour sa part 19 cas confirmés et deux décès.
Une souche rare et une propagation précoce passée inaperçue
L'agent pathogène en cause est la souche Bundibugyo du virus Ebola, qui se distingue des variants Zaïre ou Soudan. L'épidémie, officiellement déclarée le 15 mai, aurait en réalité commencé à circuler plusieurs mois auparavant, sans être détectée. Les enquêteurs du ministère congolais de la Santé tentent de remonter jusqu'au « patient zéro ». Leur investigation a mis en lumière un possible événement de super-contamination survenu le 4 février, lors des funérailles d'un pasteur de 44 ans dans la localité minière de Mongbwalu. L'homme, décédé d'une grave infection abdominale qui aurait pu être une manifestation du virus, n'avait jamais été testé. Plus de 80 personnes ont assisté à ses obsèques, et de nombreux proches sont tombés malades dans les jours suivants. Deux semaines après l'inhumation, près de 50 décès avaient été recensés dans la ville, avec des symptômes évocateurs d'Ebola (fièvre, vomissements, hémorragies).
Les projections américaines alertent sur une possible explosion des cas
Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont publié une modélisation de l'évolution possible de l'épidémie. Le résultat principal indique que, sans une mise en œuvre rapide et solide des interventions de santé publique — traçage des contacts et isolement des cas — l'épidémie pourrait égaler, voire dépasser, la pire flambée jamais enregistrée, celle d'Afrique de l'Ouest de 2014-2016, qui avait totalisé plus de 28 000 cas et 11 000 morts. Dans l'un des scénarios les plus pessimistes des CDC, où seulement 20 % des cas seraient isolés, la plupart des simulations prévoient plus de 20 000 cas et plus de 4 000 décès en l'espace de trois mois seulement.
La réponse internationale affaiblie par le désengagement américain
Le retrait des États-Unis de l'Organisation mondiale de la santé et le démantèlement de l'Agence américaine pour le développement international ont considérablement réduit la contribution américaine à la riposte, la rendant plus faible et plus lente que lors des précédentes épidémies. Par ailleurs, la stratégie isolationniste de l'administration américaine, qui impose des restrictions de voyage et des fermetures de frontières, suscite des tensions dans les autres pays. Washington prévoit notamment d'empêcher même ses propres ressortissants de revenir sur le territoire s'ils ont été exposés ou infectés. Pour les héberger, les autorités américaines tentent d'installer une installation de quarantaine de fortune sur une base militaire au Kenya, un pays actuellement épargné par l'épidémie.
Des protestations violentes au Kenya
Ce projet a provoqué colère et violentes manifestations parmi les Kényans. Les protestataires accusent les responsables kényans de s'incliner face aux exigences de l'administration américaine en acceptant d'introduire un virus mortel dans le pays, pour accueillir des Américains que les États-Unis refusent eux-mêmes de recevoir. « Nous sommes totalement dégoûtés par la volonté apparente du gouvernement d'échanger la biosécurité nationale et la vie de ses citoyens contre de l'aide étrangère », a déclaré le syndicat des médecins, pharmaciens et dentistes du Kenya dans un communiqué. Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées pour protester à Nanyuki, la ville la plus proche de la base aérienne visée par le projet. Selon la Commission kenyane des droits de l'homme, au moins trois manifestants ont été tués par balles lors d'affrontements avec la police. Bien qu'un tribunal kenyan ait temporairement suspendu l'ouverture du centre de quarantaine, l'administration américaine continue d'avancer dans ses plans.