Retrouvailles

Une fillette de six ans atteinte du virus Ebola a été retrouvée après avoir été enlevée, lundi, de l'hôpital de Butembo, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), par des hommes armés. Le Dr Lubambo Maboko Gaston, un responsable sanitaire local, a confirmé que l'enfant et sa mère se sont présentées, vendredi, dans un centre de traitement d'Ebola situé à environ 18 kilomètres de Butembo. « Son état est actuellement considéré comme stable », a-t-il déclaré au sujet de la fillette.

Les circonstances de l'enlèvement

Selon le Dr Gaston, des hommes « très en colère » ont fait irruption dans l'établissement hospitalier où l'enfant était soignée, emmenant la patiente et sa mère. On ignore si les agresseurs étaient connus de la famille. Cet incident illustre la méfiance persistante des populations à l'égard des centres de traitement d'Ebola dans la région. « Les gens ne sont pas correctement informés ou sensibilisés sur ce qui se passe. Pour une certaine partie de la population, surtout dans les zones reculées, Ebola est une invention d'étrangers – cela n'existe pas », expliquait récemment Luc Malembe, un élu local. « Ils croient que ce sont les ONG et les hôpitaux qui créent cela pour gagner de l'argent, et c'est tragique », a-t-il ajouté.

Des tensions récurrentes

Les centres de soins pour Ebola ont été la cible de plusieurs attaques depuis le début de la flambée épidémique actuelle. Le mois dernier, la police de la ville de Mongbwalu a tiré en l'air pour disperser une foule en colère qui tentait de récupérer les corps de proches décédés dans un établissement de santé. Quelques jours plus tôt, des foules avaient incendié des tentes d'isolement dans un hôpital de Rwampara, à 85 kilomètres au sud-est de Mongbwalu, après avoir été empêchées de prendre le corps d'un homme suspecté d'être mort du virus. Le corps d'une victime d'Ebola est hautement infectieux et peut contribuer à la propagation de la maladie lorsqu'il est préparé pour l'enterrement. Garantir des inhumations sécurisées constitue une priorité pour les autorités sanitaires.

Situation épidémiologique

L'épidémie d'Ebola dans l'est de la RDC a été déclarée le 15 mai, bien que la transmission ait circulé de manière non détectée pendant un certain temps. Plus de 230 décès et 890 cas ont été confirmés. La flambée est provoquée par une souche rare du virus, dite Bundibugyo, pour laquelle il n'existe pas encore de vaccin. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé que plusieurs mois pourraient être nécessaires pour qu'un sérum soit prêt. Les cas sont actuellement concentrés dans les provinces de l'Ituri, du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, où la fillette a été enlevée. L'Ituri reste le principal foyer de transmission, représentant plus de 90 % des infections confirmées.

Propagation en Ouganda

L'Ouganda, frontalier de la RDC, a signalé 19 cas confirmés du virus, dont deux décès. Toutefois, aucun nouveau cas n'a été recensé depuis le 5 juin, selon l'OMS.

Réponse sanitaire

Face à la situation, le ministère de la santé de la RDC indique avoir renforcé les systèmes de surveillance, la recherche des contacts et l'infrastructure de traitement, avec la mise en place de centres dédiés dans plusieurs villes touchées. L'OMS a débloqué 3,9 millions de dollars pour lutter contre l'épidémie, tandis que l'Africa CDC a annoncé un budget de 319 millions de dollars. Le conflit armé à l'est de la RDC, notamment la présence du groupe rebelle M23 dans de vastes parties du Nord et du Sud-Kivu, complique les efforts de lutte contre la propagation du virus, a prévenu l'OMS.