Machhad, dernière demeure du guide suprême

Les autorités iraniennes ont annoncé que l'ancien guide suprême, Ali Khamenei, tué dans des frappes aériennes américano-israéliennes en février dernier, sera inhumé jeudi dans la ville sainte de Machhad, dans le nord-est du pays. Cette étape marque la fin d'un processus funéraire de six jours qui a traversé cinq villes, dont Téhéran et plusieurs cités irakiennes abritant des sanctuaires chiites.

Machhad, forte de trois millions d'habitants et deuxième agglomération du pays après la capitale, est considérée comme la cité la plus sacrée d'Iran par les musulmans chiites. Elle abrite le tombeau de l'imam Reza, l'un des douze successeurs spirituels du Prophète, empoisonné au IXe siècle selon la tradition chiite. Le complexe du sanctuaire, avec son dôme doré, attire chaque année des millions de pèlerins.

Un lieu chargé d'histoire pour la famille Khamenei

Le choix de Machhad n'est pas anodin. Ali Khamenei y est né en 1939, et son fils et successeur désigné, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, y a également vu le jour. L'ancien président Ebrahim Raïssi, mort dans un accident d'hélicoptère en 2024, repose déjà dans le même sanctuaire. En enterrant le guide suprême aux côtés de l'imam Reza, le pouvoir iranien entend souligner la dimension religieuse de son autorité, effaçant en partie son rôle politique.

Selon Roham Alvandi, professeur d'histoire iranienne à la London School of Economics, cette pratique rappelle celle des monarques perses inhumés dans des sanctuaires chiites, à l'image des souverains européens dans les cathédrales. Il souligne que les autorités cherchent ainsi à inscrire Khamenei dans une continuité sacrée.

Un parcours funèbre qui traverse l'Irak

Le cortège funèbre, après avoir quitté Téhéran lundi, s'est dirigé vers des villes irakiennes abritant des mausolées vénérés. Cette itinérance, observée récemment pour les funérailles d'un autre haut dignitaire chiite, l'ayatollah Muhammad Ishaq al-Fayyad, est désormais un marqueur des hommages rendus aux plus grandes figures religieuses chiites. L'universitaire Sajjad Rizvi, de l'Université d'Exeter, y voit une affirmation explicite du statut de Khamenei en tant que chef spirituel de premier plan.

Une foule en liesse à Téhéran

Lundi, des centaines de milliers de personnes ont envahi l'avenue de la Révolution à Téhéran pour le troisième et dernier jour des cérémonies dans la capitale. Les autorités y voient une preuve de la popularité du régime, malgré des années de contestation. Samira Afshari, une neurologue de 34 ans venue d'Ispahan, confiait : "Sa résilience, ses paroles, son caractère : plus je vieillissais, plus j'apprenais, et plus je l'aimais."

Les partisans du guide défunt estiment que cette affluence massive dément les critiques qui, selon eux, minimisaient son soutien populaire. "Ce rassemblement montre que ses détracteurs ont sous-estimé la force et la résilience de la République islamique", notait un correspondant présent sur place.

Un contexte de tensions et de deuil national

Ali Khamenei, à la tête de l'Iran pendant 37 ans, a été tué en même temps que plusieurs membres de sa famille lors de frappes sur sa résidence téhéranaise fin février. Ces frappes ont déclenché une guerre régionale ayant fait des milliers de morts. Si l'émotion domine dans les cortèges funèbres, des foyers de contestation persistent, comme à Machhad même où des manifestations antigouvernementales avaient éclaté en janvier, réprimées avec violence.

La ville sainte, bastion conservateur, n'en demeure pas moins une étape logique pour l'inhumation : elle incarne à la fois l'enracinement religieux de la famille Khamenei et la continuité du pouvoir. Les autorités espèrent que cette cérémonie finale, jeudi, permettra de tourner la page d'une séquence funéraire hors norme et de consolider la légitimité du nouveau guide suprême.