Le démocrate Graham Platner, candidat à l'élection sénatoriale dans le Maine, a annoncé la suspension de sa campagne. Sa décision intervient après le dépôt d'une accusation d'agression sexuelle à son encontre et le retrait de soutien de la part des instances dirigeantes du Parti démocrate. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, M. Platner a qualifié l'accusation de « fausse » et précisé que son retrait n'était pas un aveu de culpabilité, mais une conséquence des menaces de la direction du parti de couper tout financement à sa campagne. Il a demandé que la procédure visant à le remplacer dans la course face à la sénatrice républicaine sortante Susan Collins, en poste depuis cinq mandats, soit « transparente et démocratique ».

Des soutiens qui s'effritent

Le ralliement des figures de la gauche américaine autour de Graham Platner s'est rapidement effrité après la révélation de l'accusation. La sénatrice Elizabeth Warren, qui avait soutenu sa candidature, a appelé au retrait de M. Platner dès lundi soir. Plusieurs autres parlementaires, dont les sénateurs Ruben Gallego et Martin Heinrich ainsi que le représentant Ro Khanna, ont annulé leur soutien. Le Comité sénatorial démocrate de campagne, qui injecte des millions de dollars dans les candidatures du parti, et le Parti démocrate du Maine ont également mis fin à leur appui.

Une ascension fulgurante stoppée par des scandales

Ostréiculteur et vétéran de l'armée, Graham Platner avait su tirer son épingle du jeu en prônant un discours populiste et des mesures progressistes comme la couverture santé universelle et le logement abordable. Il avait séduit une partie de l'électorat frustré par l'appareil traditionnel du parti, au point que sa principale concurrente pour l'investiture, la gouverneure du Maine Janet Mills, avait suspendu sa propre campagne. Des soutiens de poids, dont les sénateurs Bernie Sanders et Elizabeth Warren, avaient appuyé sa candidature.

Cependant, plusieurs révélations ont terni son image. Des médias américains ont rapporté qu'il arborait un tatouage jugé proche d'un symbole nazi, qu'il a depuis recouvert. Il a expliqué l'avoir fait réaliser alors qu'il était en état d'ébriété en 2007 avec ses compagnons d'armes en Croatie. Des publications sur le forum Reddit, où il estimait que les victimes d'agressions sexuelles devraient « assumer une part de responsabilité » et éviter de s'enivrer, ont également refait surface. Il avait alors sollicité le pardon des électeurs. En juin, des messages échangés avec d'autres femmes alors qu'il était marié ont été divulgués, ce qu'il a reconnu. Enfin, les témoignages de trois anciennes compagnes, rapportés par le New York Times, l'accusaient de comportements colériques et erratiques.

Une procédure de remplacement sous contrainte temporelle

La législation de l'État du Maine impose que M. Platner se retire avant le 13 juillet pour que le nom de son remplaçant puisse figurer sur le bulletin de vote. L'élection de novembre est considérée comme cruciale pour les démocrates, qui espèrent reprendre le contrôle du Sénat américain. Le Maine, qui n'a pas voté pour un candidat républicain à la présidentielle depuis 1988, est perçu comme un terrain potentiellement favorable à un candidat démocrate face à Susan Collins. La succession de Graham Platner suscite déjà des tensions internes au sein du parti local, qui devra s'accorder rapidement sur un nouveau nom.