Graham Platner, le candidat démocrate au Sénat américain dans le Maine, a annoncé mercredi soir la suspension de sa campagne. Cette décision intervient après la publication d'un article de presse rapportant des accusations d'agression sexuelle portées par une ancienne compagne. L'affaire, survenue alors que Platner était donné favori dans une course cruciale pour la majorité au Sénat, plonge le Parti démocrate dans une situation délicate à moins de cinq mois des élections de mi-mandat.

Ancien Marine et ostréiculteur, Platner avait émergé de l'anonymat en remportant la primaire démocrate face à une gouverneure populaire. Il avait bâti un réseau de plus de 15 000 soutiens locaux et bénéficiait du parrainage de poids lourds de la gauche américaine, parmi lesquels les sénateurs Bernie Sanders du Vermont et Elizabeth Warren du Massachusetts. Son objectif était de déloger la républicaine Susan Collins, seule élue républicaine au Congrès pour un État ayant voté démocrate à la présidentielle de 2024.

Une accusation aux conséquences immédiates

L'accusation, rendue publique il y a 48 heures, émane d'une ancienne petite amie. Selon ses dires, Platner, alors sous l'emprise de l'alcool, serait entré sans invitation à son domicile en 2021 et l'aurait agressée sexuellement. L'intéressé a catégoriquement nié les faits. Dans une vidéo de 11 minutes diffusée sur les réseaux sociaux, il a justifié son retrait non par la véracité de l'accusation, mais par le retrait des soutiens institutionnels. « Nous le faisons à cause des structures qui nous sont enlevées par ceux au pouvoir », a-t-il déclaré, promettant de ne pas déposer formellement son retrait tant qu'il n'aurait pas la garantie que son remplaçant soit choisi de manière « ouverte et démocratique ».

Cette dernière controverse s'ajoute à une série de scandales qui avaient émaillé la candidature de Platner depuis son entrée en lice en août précédent. D'anciens messages sur les réseaux sociaux jugés offensants, un tatouage à connotation nazie, des textos à caractère sexuel explicites envoyés après son mariage en 2023, et des accusations de comportement « toxique » et menaçant de la part d'ex-petites amies n'avaient pas empêché 72 % des électeurs démocrates du Maine de voter pour lui lors de la primaire de juin.

Un effondrement politique rapide

Le retrait des appuis a été foudroyant. Dès la publication de l'accusation, les instances locales et nationales du Parti démocrate, y compris ses plus proches alliés à gauche comme Bernie Sanders et Elizabeth Warren, ont retiré leur soutien. Le parti national a également annoncé qu'il ne financerait plus la campagne. Pour Platner, la suspension est devenue une question de jours, voire d'heures.

Cette défection expose les fractures anciennes au sein du Parti démocrate entre son aile gauche et les modérés. Dans le Maine, le départ de Platner prive les démocrates de leur candidat le plus susceptible, selon les analystes, de reconquérir le siège de Susan Collins. Or, pour reprendre le contrôle du Sénat lors des élections de mi-mandat de novembre, les démocrates doivent gagner quatre sièges républicains tout en conservant l'intégralité des leurs. Le Maine est considéré comme une cible incontournable.

Conséquences sur la course sénatoriale

La suspension de la campagne de Platner laisse les démocrates dans l'incertitude quant à la désignation d'un nouveau candidat. Le processus de sélection, qui devra être rapide pour maintenir une chance de victoire, s'annonce déjà houleux, les différentes factions du parti s'affrontant sur le nom du successeur. La sénatrice Susan Collins, de son côté, voit ses chances de conserver son siège renforcées par cette crise, alors que la campagne nationale pour le Sénat se joue désormais en grande partie sur ce seul État.