Alan Greenspan s'est éteint lundi à l'âge de 100 ans, a annoncé la Réserve fédérale dans un hommage publié lundi. L'institution qu'il a dirigée de 1987 à 2006 a salué en lui l'artisan d'une « ère soutenue de stabilité des prix » et d'un ancrage de « la confiance du public » dans la banque centrale américaine. Cet hommage, rédigé dans le style feutré caractéristique des communiqués de la Fed, souligne l'empreinte durable de celui qui fut l'un de ses présidents les plus marquants.

Nommé par le président Ronald Reagan, Alan Greenspan a pris les rênes de la Fed dans un climat de tensions. Quelques semaines seulement après son entrée en fonction, les marchés ont connu leur pire journée jamais enregistrée, avec une chute de plus de 20 % des actions. Face au « lundi noir », M. Greenspan a diffusé une déclaration d'une phrase : « La Réserve fédérale, conformément à ses responsabilités en tant que banque centrale de la nation, a affirmé aujourd'hui sa volonté de servir de source de liquidités pour soutenir le système économique et financier. » Il a parallèlement mis en œuvre des plans d'urgence secrets, évitant un effondrement systémique.

L'art de bâtir la confiance

Au-delà de cette gestion de crise, l'ancien pilier de la Fed a surtout œuvré à forger une indépendance et une crédibilité qui ont résisté à de multiples secousses. Sous sa houlette, l'institution a traversé des périodes d'« expansion économique significative » et de « stress considérable », selon le communiqué officiel. La confiance des marchés, des banques, des gouvernements étrangers et du Congrès est devenue le socle de son action.

Cette confiance apparaît aujourd'hui d'autant plus précieuse que le pays traverse une « ère grandement anti-institutionnelle », constatent les observateurs. Les Américains se sont détournés de la Cour suprême, des universités, du Congrès, des médias, de la science et de la médecine traditionnelle, ainsi que des partis politiques établis. Le locataire actuel de la Maison-Blanche, un candidat populiste sans expérience de la fonction publique, a lui-même bénéficié de ce rejet des institutions et contribué à l'alimenter, en nommant à des postes clés des personnalités sans expérience préalable dans leurs domaines respectifs.

Une institution sous pression

La Fed n'a pas échappé à l'érosion de la confiance publique qui frappe d'autres piliers américains. Malgré cela, elle demeure « professionnelle et indépendante », alors que d'autres institutions ont cédé ou plié. Le grand risque, aujourd'hui, est que Washington ne détruise cette indépendance que M. Greenspan a patiemment construite. La disparition de l'ancien président de la Fed intervient dans un contexte où la défiance envers les institutions est à son comble, et où la banque centrale américaine doit constamment défendre son autonomie face aux pressions politiques.

Alan Greenspan laisse derrière lui un héritage complexe : celui d'un homme qui a su faire de la Fed un acteur incontournable et respecté, mais dont l'œuvre pourrait être remise en cause dans une Amérique en pleine mutation. L'hommage de l'institution qu'il a dirigée résonne comme un avertissement autant que comme une célébration : la stabilité des prix et la confiance du public sont des acquis fragiles, qu'il faut sans cesse reconquérir.