La question de savoir si l'intelligence artificielle représente une opportunité ou une menace pour l'économie mondiale a dominé les débats du symposium annuel des principaux banquiers centraux et économistes, organisé cette semaine par la Banque centrale européenne à Sintra, au Portugal.

Plusieurs participants ont rejoint le chœur des voix qui s'alarment des conséquences possibles d'un retournement du marché de l'IA. Tobias Adrian, directeur du département des marchés monétaires et des capitaux au Fonds monétaire international, a souligné un double risque : « Ce qui m'inquiète le plus, c'est qu'il y a un effet de levier chez les emprunteurs et un effet de levier chez les investisseurs. » Il a ajouté que « l'effet de levier des deux côtés est très préoccupant pour la stabilité financière ».

Endettement et effet de levier

Les économistes présents ont notamment mis en lumière la hausse des émissions de dette des grands opérateurs de centres de données (hyperscalers), l'augmentation de l'endettement utilisé par les investisseurs pour parier sur l'IA, ainsi que le risque de hausse du chômage si la technologie venait à remplacer des emplois. La Banque des règlements internationaux a averti dimanche que l'essor des dépenses liées à l'IA risquait de s'inverser, précipitant certaines économies dans la récession.

Des avis plus optimistes

Malgré ces mises en garde, de nombreux économistes estiment que l'IA a le potentiel de transformer l'économie mondiale en renforçant la productivité, permettant une croissance plus rapide grâce à une efficacité accrue du travail. Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale, a tempéré ces inquiétudes : « Nous sommes au premier ou au deuxième tour de cette révolution. » Il a dit anticiper une plus grande prospérité, ajoutant : « Si vous voulez que je me montre pessimiste et alarmiste à ce sujet, je crains de ne pas en être là. »

Ce débat intervient dans un contexte où plusieurs études récentes ont déjà documenté des effets négatifs de l'IA sur l'emploi. Un rapport de l'Observatoire californien a montré que l'emploi des jeunes de 22 à 25 ans a chuté de 12 % dans les métiers exposés à l'intelligence artificielle. Par ailleurs, des dirigeants du secteur de la livraison ont estimé que près de 700 000 emplois pourraient être menacés par l'automatisation robotique. Le patron de Microsoft, Satya Nadella, a également alerté sur une polarisation accrue des secteurs sous l'effet de l'IA.

L'ensemble de ces signaux, conjugués aux alertes des principaux économistes mondiaux, dessine un tableau contrasté des perspectives offertes par l'intelligence artificielle, entre promesses de gains de productivité et risques systémiques pour la stabilité économique et l'emploi.