La controverse autour du remplacement de Palantir Technologies par la société française ChapsVision au sein de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a pris une nouvelle dimension. Le géant américain de l'analyse de données a officiellement contesté les modalités de son éviction, dénonçant un processus qu'il juge irrégulier. En réaction, les autorités françaises ont tenu à justifier leur décision, mettant en avant des considérations de souveraineté et de sécurité nationale.

L'affaire a débuté le 16 juin 2026, lorsque le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé la rupture du contrat liant la DGSI à Palantir, et le choix de ChapsVision pour prendre le relais. Cette décision, présentée comme un pas vers davantage d'indépendance technologique, a immédiatement suscité une vive réaction de la part de l'entreprise californienne. Celle-ci a fait valoir que la procédure de sélection n'avait pas respecté les règles habituelles de mise en concurrence et de transparence.

Des accusations de procédure contestée

Dans ses déclarations, Palantir a affirmé que son contrat avec la DGSI n'était pas arrivé à son terme et que la décision de le remplacer avait été prise sans qu'un appel d'offres formel ne soit organisé. L'entreprise estime que ce défaut de procédure constitue une irrégularité, susceptible de porter atteinte aux principes de libre concurrence. Elle a également évoqué des « divergences » avec les autorités françaises, sans en préciser la nature exacte.

Ces accusations ont été relayées dans les médias, où l'entreprise américaine a exprimé son incompréhension face à ce qu'elle perçoit comme un changement brutal de cap, après plusieurs années de collaboration avec les services de renseignement français. Palantir, connu pour ses logiciels de traitement massif de données utilisés dans le cadre de la lutte antiterroriste et du renseignement, avait établi une relation de travail étroite avec la DGSI.

La réponse du gouvernement : souveraineté et sécurité

Face à ces critiques, le gouvernement français a rapidement réagi. Les autorités ont expliqué que le remplacement de Palantir par ChapsVision s'inscrivait dans une stratégie plus large de renforcement de la souveraineté nationale dans le domaine des technologies sensibles. La manipulation des données de la DGSI, a-t-il été souligné, doit pouvoir être assurée par des acteurs européens, afin de réduire la dépendance vis-à-vis des grandes entreprises technologiques américaines, souvent qualifiées de « Big Tech ».

Le Premier ministre a justifié ce choix par la nécessité de garantir un contrôle total sur les outils d'analyse utilisés par les services de renseignement. Selon lui, confier ces missions à une entreprise française permet de s'assurer que les données restent sous la juridiction nationale et ne soient pas soumises à des législations étrangères, comme le Cloud Act américain, qui pourrait contraindre une société américaine à transmettre des informations à son gouvernement.

ChapsVision, un champion français de la donnée

ChapsVision, la société choisie pour succéder à Palantir, se présente comme un acteur tricolore spécialisé dans l'analyse de données massives et la cybersécurité. Basée en France, elle a développé des technologies jugées capables de répondre aux exigences élevées des services de renseignement. Le gouvernement a mis en avant la qualité de ses solutions, estimant qu'elles offrent des garanties équivalentes à celles de son prédécesseur américain, tout en présentant l'avantage de la souveraineté.

Cette décision intervient dans un contexte où la question de la dépendance technologique de l'armée française et des services de sécurité aux entreprises américaines est régulièrement débattue. Un récent rapport a souligné que l'armée française restait fortement dépendante des Big Tech américaines, notamment pour les infrastructures cloud et les outils d'analyse. Le choix de ChapsVision est donc perçu comme une tentative de réduire cette vulnérabilité.

Des implications pour l'avenir des marchés de la défense

Cette affaire pourrait avoir des répercussions sur la manière dont les marchés publics dans le domaine de la sécurité et de la défense sont attribués à l'avenir. Les accusations de Palantir soulèvent la question de l'équilibre entre la protection de la souveraineté nationale et le respect des règles de concurrence. Si l'entreprise américaine décidait de poursuivre la contestation par des voies juridiques, cela pourrait contraindre les autorités françaises à détailler publiquement les critères qui ont présidé à leur choix.

Pour l'instant, le gouvernement reste ferme sur sa position, insistant sur le fait que la sécurité nationale prime sur toute autre considération. La transition numérique de la DGSI vers les solutions de ChapsVision est en cours, tandis que Palantir, de son côté, maintient ses réserves sur la régularité de la procédure. L'épisode met en lumière les tensions croissantes entre les États européens et les géants technologiques américains, dans un secteur où la donnée est devenue un enjeu stratégique majeur.