Un homme âgé d'une trentaine d'années, exerçant la profession de garde du corps à Lyon, a été condamné à 15 ans de réclusion criminelle pour avoir drogué et violé sa compagne. Le jugement a été rendu ce jeudi par la cour d'assises du Rhône. Les faits, qui se sont déroulés sur plusieurs mois, comportent une particularité troublante : l'accusé entretenait des contacts réguliers avec Dominique Pelicot, figure centrale de l'affaire de soumission chimique de Mazan.
Des échanges avec le « chef » de la soumission chimique
L'enquête a révélé que le prévenu avait eu des conversations sur internet avec Dominique Pelicot, durant lesquelles ce dernier prodiguait des conseils sur l'administration de substances médicamenteuses à l'insu des victimes. Selon les éléments versés au dossier, l'accusé aurait été particulièrement marqué par les récits de son interlocuteur et aurait reproduit un mode opératoire similaire, allant jusqu'à surnommer Pelicot « le chef ». Les enquêteurs ont retrouvé des traces de ces échanges, qui ont notamment porté sur les dosages et les durées d'effet des produits utilisés.
Une victime soumise à un véritable calvaire
La compagne de l'accusé, âgée d'une trentaine d'années au moment des faits, a expliqué aux enquêteurs qu'elle ne se souvenait de rien de ce qu'elle avait vécu durant les périodes d'administration des substances. Des analyses toxicologiques ont mis en évidence la présence de plusieurs médicaments anxiolytiques et hypnotiques dans son organisme, à des doses bien supérieures aux seuils thérapeutiques. L'homme versait les produits dans les boissons de sa compagne, provoquant des pertes de connaissance et des états de confusion. C'est dans cet état qu'il la violait, filmant parfois les agissements.
Le parquet avait requis une peine de 18 ans de réclusion criminelle, mais la cour a finalement prononcé une peine de 15 ans, assortie d'une période de sûreté de dix ans. L'accusé a également été condamné à un suivi socio-judiciaire de cinq ans après sa libération, avec une obligation de soins.
Un procès marqué par l'ombre de l'affaire Pelicot
Lors des débats, la défense a tenté de minimiser l'influence de Dominique Pelicot, plaidant que son client avait des fragilités personnelles et qu'il n'était qu'un « disciple » manipulable. L'avocate de la partie civile a au contraire souligné la préméditation et la froideur avec laquelle l'homme avait préparé ses actes, profitant de l'emprise exercée sur sa conjointe.
Le ministère public a rappelé que l'affaire Pelicot avait mis en lumière l'ampleur du phénomène de soumission chimique au sein des couples. Les experts soulignent que ces pratiques, qui consistent à administrer des substances psychoactives à une personne sans son consentement, sont souvent facilitées par des échanges sur des forums ou des réseaux spécialisés, où des individus partagent leurs méthodes. L'enquête lyonnaise a d'ailleurs donné lieu à l'identification d'autres hommes ayant eu des contacts similaires avec Dominique Pelicot, dans le cadre de différentes affaires de viols sous soumission chimique.
Des répercussions judiciaires et médicales
Cette condamnation intervient alors que plusieurs dossiers liés à Dominique Pelicot sont toujours en cours d'instruction dans divers départements. Les autorités sanitaires ont également lancé des campagnes de sensibilisation sur la soumission chimique, rappelant que les substances utilisées sont souvent des médicaments courants, disponibles sur ordonnance. L'Agence nationale de sécurité du médicament a émis des recommandations pour inciter les pharmaciens à signaler les demandes suspectes de ces produits.
La victime, qui s'est constituée partie civile, a indiqué par la voix de son avocate qu'elle ressentait un « soulagement mitigé » : si la peine est significative, elle estime que le parcours de reconstruction sera long. L'accusé, qui n'a pas fait de déclaration publique à l'issue du verdict, dispose de dix jours pour faire appel.