Un homme âgé de 39 ans, exerçant la profession de garde du corps à Lyon, comparaît cette semaine devant la cour criminelle du Rhône. Il est accusé d’avoir administré à sa compagne des substances médicamenteuses destinées à la plonger dans un état de semi-conscience, afin de la violer, et ce à plusieurs reprises.
L’enquête a établi que le prévenu entretenait des contacts réguliers avec Dominique Pelicot, figure centrale de l’affaire des viols de Mazan, condamné à vingt ans de réclusion criminelle pour avoir drogué et livré sa propre épouse à des inconnus. Les échanges entre les deux hommes, qui se seraient déroulés sur des forums en ligne, portaient sur les méthodes de soumission chimique et le recours à des substances comme le Temesta ou le Xanax.
Des pratiques quasi industrielles
Selon les éléments transmis aux juges, le suspect aurait utilisé des anxiolytiques pour endormir sa compagne avant de la violer, parfois en la filmant à son insu. Les enquêteurs ont retrouvé sur son téléphone portable des vidéos et des photographies attestant des actes, ainsi que des conversations avec Dominique Pelicot. Les deux hommes s’échangeaient des conseils sur les dosages, les fréquences d’administration et les précautions à prendre pour éviter d’être découverts.
La victime, qui a porté plainte après avoir découvert les images, a expliqué avoir souffert de pertes de mémoire, de somnolences inexplicables et d’une fatigue chronique pendant plusieurs mois. Elle ne se souvient pas des viols, mais des analyses toxicologiques ont confirmé la présence de substances sédatives dans son organisme.
Un procès sous haute surveillance
L’audience, qui doit durer plusieurs jours, se tient à huis clos partiel pour préserver l’intimité de la plaignante. Le parquet a requis une peine lourde, estimant que les faits révèlent « une préméditation et une organisation méthodique » de la part de l’accusé.
La défense, de son côté, conteste la qualification de viol par soumission chimique. L’avocat du prévenu argue que son client souffre de troubles psychologiques majeurs et que les actes reprochés seraient le résultat d’une « emprise mentale » exercée par Dominique Pelicot. Une ligne de défense qui pourrait être discutée par les experts psychiatres commis par la cour.
Un lien avec le réseau Pelicot
Ce procès intervient alors que les enquêteurs continuent d’explorer les ramifications numériques de l’affaire Pelicot. Plusieurs hommes ayant échangé avec lui sur des plateformes cryptées ont été identifiés, et certains font l’objet de procédures judiciaires dans différentes régions de France.
Le cas de ce garde du corps lyonnais illustre la manière dont des individus ont pu s’inspirer ou s’encourager mutuellement via des forums spécialisés, créant de fait une forme de « communauté » autour de la soumission chimique. Les enquêteurs soulignent que Dominique Pelicot jouait un rôle de « mentor » pour certains de ses interlocuteurs, prodiguant des conseils techniques et psychologiques.
Un verdict attendu sous huitaine
La cour criminelle du Rhône doit rendre son délibéré en fin de semaine. Si l’accusé est reconnu coupable, il encourt jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle. La question de la responsabilité des échanges en ligne et de l’éventuelle influence de Pelicot sera au cœur des débats, comme elle l’a été dans d’autres affaires similaires jugées ces derniers mois.