Alors que les frappes aériennes américaines se sont intensifiées ces derniers jours contre des sites militaires et des infrastructures critiques en Iran, Téhéran affiche une position nuancée, conciliant fermeté sur le terrain et ouverture aux négociations. Le général de brigade Mohammad Bagher Ghalibaf, qui conduit les discussions avec Washington, a publié une déclaration officielle dans laquelle il affirme que la porte de la diplomatie n'est pas fermée, tout en promettant de défendre les intérêts du pays « sur le champ de bataille comme à la table des négociations ».

Un cessez-le-feu en lambeaux

Le mémorandum d'entente signé à la mi-juin entre les deux puissances, qui prévoyait un cessez-le-feu « immédiat et permanent » ainsi qu'une période de négociations de soixante jours, est aujourd'hui considéré comme cadet des deux côtés. Aucune de ses quatorze clauses n'a été respectée, à l'exception de celle stipulant que les pourparlers doivent se poursuivre. Selon des responsables américains, ces discussions restent en cours mais ont été mises en suspens en raison de la récente recrudescence des hostilités.

Les États-Unis ont mené plus de cent cinquante frappes au cours du week-end, tandis que l'Iran a riposté par des tirs de missiles balistiques et de drones contre des bases américaines au Moyen-Orient. Le président Donald Trump a officiellement déclaré la trêve « finie » et rétabli un blocus naval au large des côtes iraniennes, en violation des termes de l'accord qui exigeaient son retrait dans les trente jours. De son côté, Téhéran a proclamé la fermeture du détroit d'Ormuz, voie maritime cruciale pour le transport du pétrole et du gaz.

Ghalibaf défend la diplomatie face aux ultras

Dans son allocution retransmise par la télévision d'État, le général Ghalibaf, figure influente considérée comme un conservateur pragmatique, a cherché à justifier la poursuite des pourparlers face aux factions les plus dures du régime. « Il faut créer une coordination entre les volets militaire et diplomatique, et nous ne devons craindre ni la guerre ni les négociations », a-t-il déclaré. Il a également insisté sur le fait que « les négociations à ce stade ne constituent pas une capitulation ».

Ce discours intervient alors que des manifestants ultraconservateurs sont descendus dans les rues de Téhéran ces dernières semaines pour dénoncer tout accord avec les États-Unis. La mort récente du guide suprême Ali Khamenei, survenue dans les premières heures du conflit en février, a renforcé les luttes de pouvoir internes.

L'incertitude gagne la société iranienne

Sur le plan civil, l'oscillation constante entre guerre et diplomatie provoque un profond sentiment d'épuisement et d'angoisse. Les autorités évoquent un jour des progrès dans les négociations et un allègement des sanctions, pour le lendemain menacer de représailles et mettre en garde contre de nouvelles destructions d'infrastructures.

« La caractéristique la plus importante de ce moment est que la fin de la guerre est inconnue », a confié une avocate de Téhéran ayant requis l'anonymat. « Quand on ne peut pas planifier comment supporter les difficultés, cela exerce une pression énorme. » Elle a ajouté ne plus avoir la motivation de travailler ou d'entreprendre quoi que ce soit de nouveau, et ressentir un sentiment d'étrangeté dans sa propre ville.

Cette paralysie affecte les décisions les plus élémentaires concernant le travail, la famille et l'avenir, transformant l'incertitude en une épreuve psychologique jugée plus destructrice que la violence elle-même.

Israël dans l'expectative

De l'autre côté du conflit, Israël observe la situation avec une inquiétude croissante. Les frappes et contre-frappes au-dessus du Golfe placent le pays dans une situation inconfortable : son armée, déjà engagée au Liban et à Gaza, ne sait pas sur quel scénario se préparer. Les objectifs israéliens et américains divergent sensiblement : alors que Washington cherche avant tout à rouvrir le détroit d'Ormuz au trafic commercial, Israël redoute qu'un accord avec Téhéran ne neutralise pas les menaces balistiques et nucléaires iraniennes.

Des sondages récents montrent que les Israéliens se sentent moins en sécurité aujourd'hui qu'avant le déclenchement de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran en février. Pour l'heure, Tel-Aviv reste en retrait, coincée dans une forme d'« entre-deux » inconfortable.

Un cycle guerre-négociations difficile à briser

Plusieurs analystes estiment que la répétition du cycle — signature d'un accord, violations, reprise des combats, retour à la table — résulte d'une stratégie délibérée des deux parties. Chacun considère que la poursuite du conflit lui confère un rapport de force plus favorable dans les discussions. Carrie Lee, chercheuse au German Marshall Fund des États-Unis, observe que ce schéma persiste parce que « les deux camps semblent croire que le conflit continu leur donne un meilleur levier dans les négociations ».

En attendant, la communauté internationale assiste à un ballet diplomatique-militaire dont l'issue reste incertaine, tandis que les populations civiles, en Iran comme en Israël, subissent le poids d'une guerre dont la fin paraît toujours aussi lointaine.