Un vent de panique a saisi les places financières mondiales ce vendredi, alors que la conjonction d'une brutale correction des valeurs liées à l'intelligence artificielle et d'une escalade militaire entre les États-Unis et l'Iran a provoqué une onde de choc sur tous les continents. La déroute, partie d'Asie, s'est propagée à l'Europe et laisse présager une ouverture difficile à Wall Street.

Des records de baisse en Asie

Les marchés asiatiques ont essuyé des pertes historiques. L'indice Taiex de Taïwan s'est effondré de 6,5 %, au lendemain de l'annonce par le géant des semi-conducteurs TSMC d'un investissement supplémentaire de 100 milliards de dollars aux États-Unis. La valeur du titre TSMC a chuté de plus de 7 %. En Corée du Sud, l'indice KOSPI a plongé d'environ 6,37 %, à 6 820 points en séance. Le fabricant de mémoires SK Hynix a dévissé de plus de 11 %, tandis que Samsung Electronics a également subi de lourdes pertes. Des analystes financiers ont fait état d'un niveau record de ventes par les investisseurs étrangers sur le marché taïwanais, attribué à une réévaluation des valorisations des grandes capitalisations technologiques et à une concurrence chinoise « plus féroce ». Au Japon, l'indice Nikkei 225 a reculé de plus de 4 %, tombant aux alentours de 64 558 points. Les fabricants de puces mémoire et d'équipements, comme Kioxia Holdings, Tokyo Electron ou SUMCO, ont été particulièrement touchés. En revanche, les marchés chinois ont montré une relative résilience : l'indice Hang Seng est resté quasi stable et le Shanghai Composite n'a cédé que modestement du terrain.

L'onde de choc atteint l'Europe et les États-Unis

La tourmente asiatique a rapidement gagné l'Europe. L'indice paneuropéen Stoxx 600 a cédé 0,6 %, et le DAX allemand a perdu 0,7 %. Le groupe néerlandais ASML, fournisseur crucial d'équipements pour la fabrication de puces, a vu son titre reculer de plus de 3 %. À Wall Street, les contrats à terme sur le S&P 500 étaient en baisse de près de 1 %, tandis que ceux du Nasdaq, à forte composante technologique, reculaient d'environ 1,5 %. L'indice Philadelphia Semiconductor, qui suit les entreprises de semi-conducteurs, a chuté de 8,4 % sur la semaine et se trouve désormais à 19 % de son pic atteint en juin.

Les causes de la déroute : doutes sur l'IA et géopolitique

Les investisseurs s'interrogent de plus en plus sur la capacité des entreprises à générer des revenus à la hauteur des sommes astronomiques — souvent empruntées — englouties dans l'infrastructure de l'intelligence artificielle, comme les centres de données et les usines de puces. L'euphorie qui avait porté les valorisations technologiques à des sommets laisse place au scepticisme. Parallèlement, la résurgence des frappes entre les États-Unis et l'Iran a ravivé les craintes sur les marchés. Le passage des navires par le détroit d'Ormuz, voie maritime cruciale pour le commerce énergétique, est de nouveau menacé. Cette situation a propulsé les cours du pétrole : le baril de Brent, référence mondiale, s'échangeait à près de 86 dollars, tandis que le brut américain frôlait les 87 dollars. Les investisseurs redoutent un regain d'inflation qui pourrait compromettre les perspectives de baisse des taux d'intérêt.

Une prudence de mise

Malgré la violence du mouvement, certains analystes nuancent le pessimisme ambiant. Des stratégistes d'une grande banque new-yorkaise ont estimé, dans une note, qu'il ne s'agit pas d'un effondrement de la thèse de croissance de l'IA ou des semi-conducteurs, mais d'une réévaluation nécessaire après une envolée spectaculaire. Le KOSPI sud-coréen, baromètre des investissements dans l'IA, avait bondi de plus de 60 % depuis le début de l'année avant cette correction.

L'inquiétude demeure toutefois vive. Le spectre d'une guerre commerciale technologique, alimenté par l'émergence de modèles d'IA chinois performants, et l'incertitude géopolitique au Moyen-Orient pèsent lourdement sur le moral des investisseurs. La séance de vendredi pourrait marquer un tournant dans le cycle haussier des valeurs technologiques.