La frénésie boursière autour de l'intelligence artificielle suscite une inquiétude croissante parmi les observateurs. Selon une analyse relayée par plusieurs économistes, la capitalisation des sociétés liées à l'IA a bondi de 27 000 milliards de dollars au cours des trois dernières années, une somme équivalente à 36 % de la valeur totale du marché boursier américain actuel. Cette ascension fulgurante, portée par des investissements massifs dans les talents, les puces et les centres de données, soulève désormais la question d'une bulle spéculative d'une nature inédite.
Des profits futurs jugés trop optimistes
Dans une note adressée à leurs clients, les stratèges Dominic Wilson et Vickie Chang, de Goldman Sachs, estiment que si des bénéfices futurs pourraient justifier ces valorisations, les attentes actuelles des investisseurs reposent sur un optimisme qualifié de « panglossien ». Les géants de la technologie empruntent des centaines de milliards pour dominer le secteur, tandis que les start-up privées peinent à démontrer une viabilité économique.
De son côté, Sam Altman, le dirigeant d'OpenAI, a lui-même reconnu que l'industrie évoluait dans une bulle. Le Fonds monétaire international (FMI) a également identifié ce phénomène comme un risque significatif pour la stabilité financière. Dans son rapport de juillet 2026, il prévient que l'éclatement de cette bulle pourrait entraîner une contraction de l'investissement, un resserrement du crédit, une baisse de la consommation et des perturbations des échanges commerciaux.
Une bulle structurellement différente
Contrairement aux précédentes bulles, comme celle de la fin des années 1990 ou celle de l'immobilier en 2008, l'actuelle bulle de l'IA ne repose pas sur un engouement populaire des ménages. Elle est alimentée par des entreprises hyper-riches — les géants de la tech — qui continuent à injecter des capitaux alors même que le crédit est devenu relativement coûteux. Cette particularité pourrait, selon certains, rendre la bulle plus résistante et plus durable. « Cela ne la rendra pas moins douloureuse quand elle éclatera », préviennent pourtant les analystes.
La concentration de la spéculation entre les mains de grands groupes industriels et financiers change la dynamique de l'investissement. Là où, en 1995-2001, 2 752 entreprises avaient fait leur entrée en Bourse, les six dernières années n'en ont vu que 730. Le marché est ainsi bien moins liquide et plus vulnérable à un retournement brutal provoqué par un choc de confiance.
Un risque systémique déjà identifié par les marchés
Plusieurs hedge funds chinois ont déjà anticipé un éclatement de la « super bulle » de l'IA. En juin dernier, la capitalisation des « Sept Magnifiques » — les plus grandes capitalisations technologiques américaines — a fondu de 2 300 milliards de dollars en un seul mois. Les valeurs technologiques asiatiques ont également connu une volatilité extrême, avec des pertes cumulées de 1 300 milliards de dollars sur une seule séance fin juin.
Les tensions géopolitiques, notamment l'escalade iranienne, ont amplifié ces mouvements, faisant chuter les marchés émergents et forçant certains investisseurs à chercher refuge en Inde. L'imbrication entre les anticipations sur l'IA, les politiques monétaires et les risques géopolitiques rend la situation particulièrement instable. La question centrale demeure : les revenus futurs des entreprises d'IA seront-ils à la hauteur des investissements colossaux déjà engagés ? Plusieurs experts en doutent et appellent à une prudence accrue face à ce qu'ils considèrent comme une bombe à retardement financière.