La décision de Washington de suspendre l'accès aux modèles d'intelligence artificielle Claude Fable 5 et Mythos 5 continue de susciter une vive opposition. Après les critiques venues des milieux politiques européens, c'est désormais le monde de la cybersécurité qui monte au créneau. Environ cent experts du secteur ont signé une lettre ouverte appelant à la levée immédiate de l'interdiction, estimant que cette mesure affaiblit la capacité des défenseurs à contrer les cybermenaces.

Une lettre ouverte pour défendre l'accès aux IA avancées

Publiée le 16 juin, la missive rassemble des professionnels de la sécurité informatique qui jugent que la désactivation de ces deux modèles « sabote le travail des défenseurs en cybersécurité ». Selon les signataires, les capacités de Fable 5 et Mythos 5 sont essentielles pour détecter et corriger des vulnérabilités, et leur suppression prive la communauté internationale d'outils précieux face à des attaquants toujours plus sophistiqués. Les experts estiment que les États-Unis, en cherchant à restreindre l'accès à ces technologies, se tirent une balle dans le pied et fragilisent la sécurité numérique mondiale.

Le rôle d'Amazon dans la crise

L'origine de l'injonction américaine remonterait à un avertissement émanant d'Amazon. Des chercheurs employés par le géant du commerce électronique seraient parvenus à contourner les garde-fous de Fable 5 grâce à une technique de manipulation linguistique simple appelée « rephrasage ». Après que le modèle a refusé de « revoir le code pour des problèmes de sécurité », ils ont simplement reformulé leur requête en demandant de « corriger ce code », ce que l'IA a accepté. Les vulnérabilités ainsi exposées étaient toutefois mineures et déjà documentées publiquement. Craignant que la Chine n'exploite les innovations d'Anthropic, l'administration Trump aurait alors sommé la start-up de bloquer l'accès à ses modèles pour tous les ressortissants étrangers, à l'intérieur comme à l'extérieur des États-Unis. Face à cette exigence, Anthropic a préféré couper l'accès à l'échelle mondiale, privant tous ses abonnés des deux nouvelles IA.

Une alerte européenne sur la souveraineté numérique

Parallèlement, le Conseil français de l'IA et du Numérique a lancé un signal d'alarme. Dans un communiqué publié le 16 juin, l'instance française dénonce une « discrimination » et estime que l'Europe doit impérativement maîtriser ses propres infrastructures de supercalcul et retenir ses chercheurs d'élite pour garantir sa souveraineté et éviter la marginalisation. Le Conseil souligne que cet événement révèle la menace d'un autre « kill switch » et redéfinit les règles de la géopolitique numérique mondiale. Il appelle l'Europe à réagir pour ne pas dépendre des décisions unilatérales de puissances étrangères en matière d'accès aux technologies critiques.

Un bras de fer aux implications multiples

Cette affaire illustre les tensions croissantes entre les États-Unis et leurs alliés autour du contrôle des technologies d'intelligence artificielle. Alors que Washington invoque la sécurité nationale pour justifier ses restrictions, les critiques y voient une mesure qui affaiblit la coopération internationale en cybersécurité et menace l'innovation. La lettre ouverte des experts et l'alerte du Conseil français de l'IA et du Numérique pourraient amplifier la pression sur l'administration Trump pour qu'elle revoie sa position, d'autant que l'Europe réfléchit à des mesures de protection de son autonomie technologique.