Une centaine d'experts en cybersécurité ont signé une pétition demandant aux autorités américaines d'abroger l'interdiction visant les modèles d'intelligence artificielle Fable et Mythos, développés par la start-up Anthropic. Parallèlement, la Commission européenne a qualifié ce blocage de « discrimination », accentuant la pression sur Washington.

Une interdiction éclair contestée

Les modèles Fable et Mythos, parmi les plus avancés conçus par Anthropic, ont été suspendus après que les autorités américaines ont invoqué des motifs de sécurité nationale. Selon plusieurs informations, le patron d'Amazon aurait informé Washington d'une prétendue faille de sécurité dans le dernier modèle d'Anthropic, déclenchant une procédure accélérée. Un ultimatum de 90 minutes aurait été imposé à l'entreprise pour désactiver ses systèmes.

Anthropic a obtempéré immédiatement, mais cette décision a suscité une vive controverse dans les milieux technologiques et politiques. Les experts en cybersécurité signataires de la pétition estiment que les risques invoqués sont exagérés et que l'interdiction nuit à la compétitivité et à l'innovation dans le domaine de l'intelligence artificielle.

Bruxelles monte au créneau

La Commission européenne a officiellement dénoncé cette mesure, y voyant une « discrimination » susceptible de fausser la concurrence et de porter atteinte aux principes du commerce international. Bruxelles rappelle que les modèles d'Anthropic étaient déjà utilisés par des entreprises et des institutions en Europe, et que leur suspension brutale a des conséquences économiques et opérationnelles.

Les autorités européennes demandent des explications détaillées aux États-Unis et menacent de prendre des mesures de rétorsion si la situation persiste. Cette position ferme reflète la volonté de l'Union européenne de défendre son marché numérique et de résister aux décisions unilatérales de Washington en matière de technologies émergentes.

Les dessous d'un embargo controversé

Plusieurs sources évoquent le rôle trouble d'Amazon dans cette affaire. Le géant du commerce en ligne, actionnaire important d'Anthropic, aurait alerté les autorités américaines sur une vulnérabilité des modèles Fable et Mythos. Certains y voient une manœuvre visant à affaiblir un concurrent prometteur dans le secteur très concurrentiel de l'IA.

Les experts en cybersécurité qui ont signé la pétition affirment que les failles alléguées sont mineures ou inexistantes, et que l'interdiction repose sur des informations partielles ou manipulées. Ils soulignent que les modèles d'Anthropic sont parmi les plus sécurisés sur le marché et que leur blocage affaiblit la capacité des entreprises et des gouvernements à se protéger contre des cybermenaces réelles.

Un précédent inquiétant pour l'industrie

Cette affaire crée un précédent préoccupant pour l'ensemble du secteur de l'intelligence artificielle. Les entreprises craignent que des motifs de sécurité nationale ne soient utilisés pour entraver la concurrence ou pour imposer des normes technologiques sans débat démocratique.

Anthropic, de son côté, a annoncé qu'elle se conformait aux décisions des autorités tout en espérant une résolution rapide. La start-up californienne a investi des sommes considérables dans le développement de ses modèles et voit ses efforts compromis par cette interdiction.

Les réactions se multiplient

Au-delà des experts en cybersécurité et de la Commission européenne, plusieurs organisations de défense des libertés numériques et des associations professionnelles ont exprimé leur soutien à Anthropic. Des voix s'élèvent également aux États-Unis pour demander une révision de la procédure et davantage de transparence sur les critères de sécurité nationale invoqués.

La controverse intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et l'Europe sur la régulation des technologies. Alors que Washington multiplie les restrictions visant des entreprises étrangères ou des technologies jugées sensibles, Bruxelles cherche à préserver l'autonomie stratégique de l'Union dans le domaine numérique.

Prochaines étapes

Les regards se tournent désormais vers Washington, où le gouvernement doit répondre aux demandes de levée de l'embargo. Les experts espèrent que la pression combinée des acteurs européens et des spécialistes américains de la cybersécurité conduira à un assouplissement des restrictions.

D'ici là, Anthropic et ses clients restent dans l'incertitude, tandis que le débat sur l'équilibre entre sécurité nationale et innovation technologique s'intensifie de part et d'autre de l'Atlantique.