L'Organisation maritime internationale (OMI) a annoncé jeudi la suspension de son plan d'évacuation du détroit d'Ormuz, portant un coup d'arrêt à l'opération qui devait permettre de faire sortir près de 11 000 marins bloqués dans la région. Cette décision fait suite à une attaque survenue dans le golfe d'Oman contre un navire qui avait emprunté ce passage stratégique en dehors du mécanisme défini par l'agence onusienne.
Une attaque attribuée à l'Iran
Selon des informations relayées par des responsables américains, l'incident aurait été provoqué par les forces armées iraniennes, qui auraient lancé un projectile contre le bâtiment. L'agence britannique de sécurité maritime UKMTO a pour sa part évoqué un projectile d'origine encore indéterminée. Le navire visé ne faisait pas partie de la liste des bâtiments autorisés à transiter dans le cadre du dispositif supervisé par l'OMI.
« J'ai été informé d'une attaque aujourd'hui dans le golfe d'Oman sur un navire transitant par le détroit d'Ormuz. Ce navire n'a pas transité via le mécanisme d'évacuation de l'OMI », a déclaré dans un communiqué le secrétaire général de l'organisation, Arsenio Dominguez. « J'ai décidé de suspendre sa mise en œuvre dans le but de reconfirmer que les garanties de sécurité nécessaires continuent d'être en place pour les navires sur notre liste d'évacuation et tous ceux de la région. »
L'autorité maritime iranienne en charge du détroit avait, avant cette attaque, averti que « tout passage en dehors du cadre défini » par Téhéran « ne bénéficierait pas des garanties de passage sécurisé et ne donnerait pas droit à une couverture d'assurance ». Cet avertissement semble avoir été suivi d'effet, la frappe visant précisément un navire ayant contourné le dispositif.
Tensions diplomatiques croissantes
La suspension du plan d'évacuation intervient dans un contexte de tensions diplomatiques accrues entre l'Iran et les États-Unis. Les deux pays ont engagé la semaine dernière des discussions en Suisse en vue d'un règlement durable de leur conflit, après la signature le 17 juin d'un protocole d'accord. Mais la question du détroit d'Ormuz reste un point de friction majeur.
En tournée dans les pays du Golfe alliés des États-Unis, le secrétaire d'État américain Marco Rubio s'est employé à rassurer ses interlocuteurs. « Même si nous voulons un accord, nous ne voulons pas d'un accord à n'importe quel prix », a-t-il lancé jeudi à Bahreïn, devant ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Il faisait référence à la volonté iranienne d'imposer des « droits de redevance » pour le passage dans le détroit, une pratique qui n'existait pas avant la guerre et que Washington refuse catégoriquement.
« Si nous acceptons qu'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait à travers le monde comme une épidémie », a mis en garde Marco Rubio. De son côté, la Maison-Blanche a réagi fermement après l'attaque de jeudi : « Le président Trump a été clair : l'Iran ne peut pas entraver la libre circulation du trafic dans le détroit. »
Oman prend ses distances
La situation semble également se tendre entre l'Iran et son voisin omanais, situé sur l'autre rive du détroit. Oman a annoncé qu'aucun « frais de passage » n'était prévu dans les futurs arrangements relatifs à cette voie maritime. Le sultanat a également évoqué l'ouverture d'un « corridor maritime temporaire », présenté comme une initiative indépendante.
Ce passage large d'une trentaine de kilomètres entre l'Iran et Oman est d'une importance stratégique capitale : avant la guerre, 20 % du commerce mondial d'hydrocarbures y transitaient. L'attaque de jeudi a d'ailleurs provoqué un rebond des cours du pétrole, qui étaient tombés à des niveaux d'avant-guerre.
Vers une impasse ?
La suspension du plan de l'OMI laisse dans l'incertitude le sort des milliers de marins bloqués depuis plusieurs mois dans le Golfe, alors que le conflit entre l'Iran et les États-Unis avait paralysé le trafic dans cette zone névralgique. Le cadre de sécurité que l'agence onusienne tentait de mettre en place pour garantir des traversées sans risque semble aujourd'hui remis en cause par la défiance croissante entre les parties.
L'Iran, qui durcit sa position, semble déterminé à imposer ses conditions de passage, tandis que les États-Unis et leurs alliés régionaux refusent toute concession qui pourrait créer un précédent sur la liberté de navigation dans les eaux internationales.