Les propriétaires de concessions Polestar aux États-Unis expriment leur vive inquiétude après que le département du Commerce américain a refusé une autorisation qui aurait permis à la marque de contourner une interdiction fédérale ciblant les véhicules équipés de technologies chinoises connectées. Cette décision, officialisée fin juin 2026, signifie que Polestar cessera de vendre ses modèles sur le territoire américain à partir de l'année modèle 2027.

Matthew Haiken, propriétaire de la concession Polestar Short Hills, dans le New Jersey, confie avoir investi « plusieurs millions de dollars » dans la vente des véhicules de la marque. Il qualifie la décision des autorités de « choc » pour lui-même et pour l'ensemble des 32 concessionnaires Polestar que compte le pays. « C'est tellement regrettable, déclare-t-il. C'est dur pour mes clients qui nous ont contactés, dur pour mon personnel. »

Si la frustration est grande, elle ne se tourne pas vers l'administration américaine. « Je suis très mécontent de Polestar, au niveau mondial, ajoute Haiken. Je pense qu'ils ont vraiment laissé tomber la balle, et je les blâme. Je ne blâme pas le gouvernement. »

Un contexte réglementaire complexe

L'interdiction repose sur une règle approuvée en janvier 2025 par le département du Commerce, sous l'administration Biden. Cette règle interdit l'importation et la vente de véhicules dotés de composants logiciels et matériels connectés d'origine chinoise ou russe, au motif que ces équipements (caméras, microphones, GPS) pourraient menacer la sécurité nationale et la vie privée des citoyens américains. La secrétaire au Commerce de l'époque, Gina Raimondo, avait alors estimé qu'« il n'est pas difficile d'imaginer comment un adversaire étranger ayant accès à ces informations pourrait constituer un risque sérieux pour notre sécurité nationale et la vie privée des Américains ».

Polestar, détenue majoritairement par le groupe chinois Geely Holding et son fondateur Li Shufu, s'est vu refuser l'autorisation spéciale que Volvo — également propriété de Geely — a obtenue en mars 2026. Volvo avait alors indiqué avoir mené des « discussions constructives » avec le département du Commerce sur sa gouvernance, sa technologie et la sécurité des données. Interrogé sur cette différence de traitement, un porte-parole de Polestar a simplement déclaré que la société « ne peut commenter la manière dont la législation s'applique à d'autres constructeurs ».

Conséquences pour les concessionnaires et les clients

En attendant l'arrêt effectif des ventes, les concessionnaires Polestar pourront continuer à écouler les stocks existants des modèles Polestar 3 et Polestar 4, déjà présents sur le sol américain. Mais l'avenir de ces points de vente est incertain. Haiken, qui possède également trois autres concessions non-Polestar au sein du groupe Prestige Collection Auto, craint que cet épisode ne nuise à la confiance des clients et à la viabilité de son activité.

L'industrie automobile américaine avait déjà connu des retournements de marché spectaculaires ces dernières années : pic de demande en pandémie, pénurie de véhicules électriques, introduction puis suppression d'un crédit d'impôt fédéral de 7 500 dollars, et récemment un regain d'intérêt pour les véhicules électriques en raison de l'éloignement de certains consommateurs envers Tesla. Mais pour les concessionnaires Polestar, cette interdiction constitue un défi inédit.

Les autorités américaines n'ont pas répondu aux sollicitations concernant les motifs du refus opposé à Polestar. La marque, de son côté, n'a pas précisé si elle envisageait des recours juridiques ou une restructuration de sa présence aux États-Unis.