L’épisode caniculaire de juin a eu un impact plus important que prévu sur la production nucléaire française. Selon le bilan dressé par EDF et l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), la puissance disponible a été réduite de 8,7 %, soit 5,5 gigawatts (GW) temporairement indisponibles. Trois réacteurs – à Golfech, Bugey et Nogent-sur-Seine – ont dû être complètement arrêtés, tandis que quatre autres ont fonctionné à puissance réduite.
Des contraintes thermiques liées au refroidissement
Ces mesures résultent des limites imposées par la réglementation environnementale. Les centrales nucléaires prélèvent de l’eau dans les fleuves ou la mer pour refroidir leurs réacteurs. En circuit fermé, comme à Golfech, des tours aéroréfrigérantes limitent les prélèvements, mais des rejets d’eau de purge dans la Garonne restent soumis à des seuils de température. En circuit ouvert, 27 réacteurs rejettent de l’eau réchauffée directement dans le milieu naturel, avec un écart maximal autorisé entre l’amont et l’aval, qui varie selon les sites (1 °C sur la Loire, jusqu’à 6 °C au Tricastin). Lorsque ces seuils sont dépassés, l’exploitant doit réduire ou stopper la production.
Pas de dérogation, mais une sollicitation de RTE
Contrairement à l’été 2022, où cinq centrales avaient bénéficié de dérogations temporaires pour assurer l’approvisionnement électrique, aucun assouplissement n’a été demandé lors de la canicule de juin. Toutefois, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE) a exigé qu’EDF maintienne au minimum dix réacteurs en fonctionnement le 27 juin, avec des limites environnementales qualifiées d’« un peu plus permissives » par Rémy Catteau, directeur des centrales nucléaires à l’ASNR.
Un recours au gaz pour compenser
Les pertes de production ont dû être compensées par d’autres moyens de production, notamment des centrales à gaz, qui ont été sollicitées pour répondre à la demande électrique pendant le pic de chaleur. L’ASNR a souligné que les épisodes de canicule et de sécheresse « ont des répercussions significatives sur le fonctionnement des centrales nucléaires », rappelant la vulnérabilité de cette source d’énergie face au changement climatique.
Des limites structurelles
Malgré des adaptations techniques – comme l’optimisation des tours aéroréfrigérantes ou le durcissement des seuils après la canicule de 2006 –, le parc nucléaire reste exposé aux aléas climatiques. En moyenne, les pertes liées à la chaleur ne représentent que 0,3 % de la production annuelle, mais les épisodes extrêmes, plus fréquents, pourraient accroître ce chiffre. Le bilan de juin illustre une dépendance croissante aux mesures d’urgence et aux moyens de secours fossiles.