Les fortes chaleurs attendues sur une large partie du territoire à compter de mardi pourraient contraindre EDF à abaisser la production de certaines de ses centrales nucléaires. L'exploitant a officialisé cette perspective, invoquant la nécessité de ne pas accentuer l'élévation de la température des rivières utilisées pour le refroidissement des réacteurs.
La réglementation environnementale impose en effet des seuils maximaux de température pour l'eau rejetée dans les fleuves et rivières après son passage dans les circuits de refroidissement. Lorsque le mercure grimpe, le débit des cours d'eau diminue et leur température naturelle augmente, ce qui réduit la marge de manœuvre des centrales. Pour éviter tout dépassement, EDF peut être amené à réduire la puissance des réacteurs concernés, voire à les arrêter temporairement.
Cette annonce intervient alors que Météo-France prévoit un épisode de chaleur précoce pour la saison, avec des températures pouvant localement dépasser les 35 degrés dans le sud et l'est du pays. Les services de l'énergie suivent de près l'évolution de la situation, même si pour l'instant aucun ordre de priorité ou de coupure n'est envisagé pour les consommateurs.
Un dispositif rodé face aux aléas climatiques
Chaque été, le groupe public adapte son fonctionnement aux conditions météorologiques. Des protocoles précis encadrent les arrêts ou les baisses de régime, en fonction de la température des cours d'eau et des prévisions. Les réacteurs les plus exposés sont ceux situés le long du Rhône, de la Loire, de la Garonne et de la Seine, là où les débits peuvent faiblir significativement en période de sécheresse.
EDF rappelle que ces ajustements sont réalisés sans compromettre la sécurité d'approvisionnement du pays. Le gestionnaire du réseau de transport d'électricité (RTE) dispose de marges suffisantes pour compenser une éventuelle perte de capacité nucléaire, grâce à la production hydraulique, éolienne et solaire, ainsi qu'aux interconnexions avec les pays voisins.
Pour l'instant, aucune centrale n'est encore à l'arrêt pour cause de chaleur, mais la vigilance est accrue. Les équipes d'EDF surveillent en continu les paramètres physiques des sites et les bulletins météorologiques. Si les températures devaient se maintenir à un niveau élevé plusieurs jours consécutifs, des mesures graduelles seraient mises en œuvre.
Ce phénomène n'est pas inédit. Les étés 2019, 2020 et 2022 avaient déjà vu des restrictions de production similaires. Le changement climatique accroît la fréquence et l'intensité des canicules, ce qui pousse EDF à intégrer ces contraintes dans la conception des futurs réacteurs de type EPR, notamment en matière de refroidissement et de localisation.
Impact sur le marché de l'électricité
Les marchés de l'électricité pourraient réagir à cette perspective de moindre disponibilité nucléaire. Les prix de gros sur les bourses européennes ont déjà connu des tensions lors des précédents épisodes de chaleur. Toutefois, les réserves de gaz et les stocks hydrauliques, jugés satisfaisants pour la saison, devraient limiter les variations.
Les autorités appellent néanmoins à une utilisation sobre de l'énergie pendant les pics de chaleur, notamment en limitant l'usage de la climatisation et en décalant certains usages électriques en dehors des heures de forte chaleur.