L'économie britannique enregistre des signes de reprise à l'approche d'un changement probable de Premier ministre. Alors que le député de Makerfield, Andy Burnham, est donné favori pour prendre la tête du Parti travailliste et du gouvernement, plusieurs indicateurs, publiés ces derniers jours, montrent un frémissement de l'activité. Les analystes estiment que cette embellie pourrait être liée aux anticipations d'une politique plus dépensière.
Le produit intérieur brut a ainsi augmenté de 0,2 % au deuxième trimestre 2026, après une stagnation enregistrée au premier trimestre. Par ailleurs, l'indice des directeurs d'achat (PMI) composite préliminaire de juin est passé à 51,4, contre 50,8 le mois précédent, ce qui atteste d'une expansion du secteur privé pour le troisième mois consécutif. Dans le même temps, la confiance des consommateurs s'est améliorée pour le cinquième mois d'affilée, selon l'indice GfK, atteignant son plus haut niveau depuis février 2022.
Cette amélioration survient dans un contexte politique marqué par la victoire écrasante d'Andy Burnham à l'élection partielle de Makerfield, le 18 juin. Cette performance a accéléré la démission annoncée de Keir Starmer et consolidé les ambitions de son successeur désigné. « Il est clair que les marchés intègrent un changement de politique budgétaire. Les promesses de dépenses d'infrastructure de Burnham sont considérées comme un stimulant potentiel pour la croissance », commente un économiste basé à Londres.
Des marchés financiers en hausse
La Bourse de Londres a également bénéficié de ce climat d'optimisme. L'indice FTSE 100 a gagné 1,8 % sur la semaine, porté par les valeurs financières et industrielles. Le rendement des obligations d'État à 10 ans est remonté à 4,15 %, signalant une anticipation d'inflation et de hausse des emprunts publics. La livre sterling, quant à elle, s'est appréciée de 0,5 % face au dollar américain pour atteindre 1,34 dollar, soit son plus haut niveau depuis un an.
« La livre sterling sous pression face à une possible candidature d'Andy Burnham au poste de Premier ministre », avait pourtant titré un article du 15 juin, soulignant l'incertitude liée à un éventuel basculement politique. Mais l'évolution récente des marchés suggère que les investisseurs parient désormais sur une continuité relative et des plans de relance crédibles.
Un programme axé sur les infrastructures
Andy Burnham a esquissé les grandes lignes de son programme économique lors d'un discours prononcé à Manchester le lendemain de sa victoire à Makerfield. Il a promis un « new deal » pour le Nord de l'Angleterre, avec des investissements massifs dans les transports, le logement social et les énergies renouvelables. Il s'est également engagé à réformer la fiscalité locale pour donner plus d'autonomie aux collectivités.
« Il ne s'agit pas seulement de relancer la croissance, mais de la répartir équitablement sur l'ensemble du territoire », a-t-il déclaré. Ces propositions sont accueillies favorablement par une partie du monde des affaires, même si certains redoutent une hausse des impôts pour les financer. Le chef de file de la Confédération de l'industrie britannique (CBI) a salué « une vision cohérente », tout en appelant à « une discipline budgétaire stricte ».
Des doutes persistent
Malgré ces signaux positifs, plusieurs incertitudes demeurent. La croissance du PIB reste modeste comparée à celle des autres économies du G7, et les secteurs de la construction et des services – moteurs traditionnels de l'expansion – peinent à retrouver leur niveau d'avant la pandémie de 2020. Par ailleurs, les tensions inflationnistes ne sont pas complètement éteintes, alors que l'indice des prix à la consommation est encore à 3,8 %, au-dessus de l'objectif de 2 % fixé par la Banque d'Angleterre.
Dans les couloirs du Parlement, les critiques envers Andy Burnham se font également entendre. Certains députés travaillistes, proches de l'ancien chancelier de l'Échiquier Darren Jones – contraint de se retirer de la course –, remettent en cause la capacité de Burnham à maintenir la rigueur budgétaire héritée de Starmer. Un ancien ministre, sous couvert d'anonymat, a confié : « Andy a une belle histoire à raconter, mais il faut qu'il montre qu'il peut aussi prendre des décisions difficiles. »
Anticipations politiques
Le calendrier politique s'accélère : après la démission de Keir Starmer, officialisée le 22 juin, une élection à la direction du Labour doit se tenir dans un délai de trois à quatre semaines. La candidature d'Andy Burnham, qui fait figure de favori, a reçu le soutien de nombreux députés et de plusieurs syndicats. Un vote des militants est attendu pour la mi-juillet. Si Burnham l'emporte, il deviendrait alors automatiquement Premier ministre, sans passer par des élections législatives anticipées.
En attendant, le gouvernement sortant gère les affaires courantes. Les prochains indicateurs économiques – notamment les chiffres de l'emploi et de l'inflation pour le mois de juin – seront scrutés de près. Ils permettront de jauger la solidité de la reprise et la confiance des agents économiques face à ce changement de leadership.