L'ancien Premier ministre britannique Keir Starmer a livré un entretien d'une franchise inhabituelle, le premier depuis sa démission annoncée ce mois-ci, dans lequel il met en garde son très probable successeur, Andy Burnham, contre la tentation de réduire le temps consacré aux affaires internationales. Selon lui, les crises mondiales exigeront tout autant d'attention que pendant son propre mandat.
Interrogé sur le volume de déplacements et de réunions diplomatiques qu'il a effectués, souvent critiqué par ses adversaires qui le surnommaient « Keir jamais là », Starmer a affirmé qu'il n'est « pas raisonnable de penser que l'on peut simplement séparer ces deux choses ». Il a ajouté que « quiconque sera mon successeur sera confronté aux mêmes conflits mondiaux », évoquant un monde « plus dangereux et plus instable » qu'à la quasi-totalité de sa vie. « Ce n'est pas qu'une formule, c'est la réalité », a-t-il insisté, prévenant que « les défis intérieurs ne vont pas non plus changer ».
Une décision « intensément personnelle »
Starmer est également revenu sur les circonstances de son départ, qu'il a qualifié de « vraiment, vraiment difficile ». Il a expliqué que la décision avait été mûrie pendant un week-end à Chequers, la résidence de campagne des Premiers ministres, en compagnie de son épouse Victoria et de leurs enfants adolescents. « J'ai pesé ce qui était le mieux pour moi, pour le pays, pour le gouvernement », a-t-il confié. « Ces discussions ont inévitablement commencé avec de nombreux collègues, parlementaires, l'équipe ici, mes conseillers immédiats, les syndicats… Mais pour moi, au final, c'est devenu une décision intensément personnelle. »
Il a précisé que le moment où il a accepté que sa « carrière politique était terminée » relevait d'une « affaire personnelle » qu'il a souhaité partager avec son épouse. « C'est ce que j'ai fait », a-t-il conclu.
Pas d'ingérence dans les affaires du prochain gouvernement
L'ancien chef du gouvernement a promis de « garder la bouche fermée » sous son successeur, et a affirmé apprécier Andy Burnham, avec qui il a « toujours bien fonctionné ». Il a également revendiqué avoir « sauvé » le Parti travailliste et avoir été un Premier ministre efficace.
De son côté, Andy Burnham, donné favori pour remporter la course à la direction du Labour et devenir Premier ministre dans les semaines à venir, a déjà exclu la tenue d'élections législatives anticipées s'il accède à Downing Street. Une partie de ses soutiens au sein du parti espère qu'il pourra se concentrer davantage sur les questions intérieures, comme le coût de la vie et les services publics.
L'entretien de Keir Starmer constitue la première prise de parole publique de l'ancien locataire du numéro 10 depuis l'annonce de son départ, et pourrait influencer les premières orientations du futur gouvernement travailliste.