La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) va confier l'exploitation de ses données à une jeune entreprise française, ChapsVision, spécialisée dans l'analyse sémantique de masses documentaires. Cette décision, officialisée par les autorités, intervient après plusieurs années de collaboration avec le groupe américain Palantir. Ce dernier a immédiatement dénoncé des irrégularités dans la procédure ayant conduit à son éviction, une contestation à laquelle le gouvernement a répondu.

Un changement d'orientation stratégique

Fondée il y a moins d'une décennie, ChapsVision s'est développée dans l'ombre des grands acteurs du secteur. La société, qui emploie plusieurs centaines de personnes, propose des logiciels de « data mining » et de reconnaissance de patterns, utilisés notamment dans les domaines de la lutte antiterroriste et de la criminalité organisée. Son outil phare, conçu pour traiter de très grands volumes d'informations, a été jugé conforme aux exigences de souveraineté numérique que la DGSI souhaitait renforcer.

Le choix de cette PME tricolore s'inscrit dans une politique plus large de l'État visant à réduire la dépendance aux technologies étrangères pour les missions sensibles. Les services de renseignement intérieur estiment que le passage à une solution française permet un meilleur contrôle des données et une sécurité accrue face aux risques d'ingérence.

Les griefs de Palantir

La firme californienne, cotée à Wall Street et connue pour ses travaux avec les agences de renseignement américaines, a fait savoir qu'elle estimait avoir été traitée de manière déloyale lors du processus de sélection. Dans une communication publique, ses dirigeants ont évoqué des « divergences » sur les modalités de l'appel d'offres, sans toutefois préciser la nature exacte des manquements allégués.

Selon des sources proches du dossier, Palantir aurait été informée tardivement de l'intention de la DGSI de se tourner vers un fournisseur exclusivement français. La société américaine affirme avoir investi des ressources significatives pour adapter ses solutions aux spécificités du droit français, et déplore que ces efforts n'aient pas été pris en compte dans l'évaluation finale.

La réponse du ministère

Interrogé sur ces accusations, le cabinet du ministre de l'intérieur a opposé une fin de non-recevoir. Les responsables affirment que la procédure a respecté l'ensemble des règles de la commande publique, et que la décision finale repose sur des critères objectifs de performance et de sécurité. « Nous avons mené une évaluation rigoureuse, en toute transparence », a déclaré un porte-parole, ajoutant que l'État se devait de privilégier des solutions garantissant la maîtrise des technologies critiques.

Le gouvernement a également souligné que ChapsVision avait fait l'objet d' audits approfondis, notamment en matière de cybersécurité, avant d'être retenue. La période de transition vers le nouveau système, qui doit s'étaler sur plusieurs mois, est déjà en cours.

Enjeux de souveraineté

Cette affaire intervient dans un contexte où plusieurs États européens cherchent à se doter de capacités de renseignement moins dépendantes des géants américains. La France, en particulier, a multiplié les initiatives pour soutenir ses entreprises technologiques, avec des plans d'investissement dédiés.

ChapsVision, de son côté, compte sur ce contrat pour asseoir sa notoriété et étendre sa présence sur le marché européen de la sécurité. Son fondateur, un ancien de la Direction générale de l'armement, a salué la confiance des services de l'État. « C'est une reconnaissance du travail accompli par nos équipes », a-t-il commenté.

Reste que la polémique autour de la procédure pourrait alimenter un débat plus large sur l'équilibre entre protectionnisme et ouverture commerciale dans le domaine sensible du renseignement.