L'entrée de Marc Bloch au Panthéon, célébrée ce mercredi 24 juin, a donné lieu à un moment qualifié de « communion républicaine » par les autorités, mais aussi à une passe d'armes politique autour de la mémoire du grand historien résistant.
Le président de la République, Emmanuel Macron, a profité de la cérémonie pour envoyer un message direct au Rassemblement national. « L’entrée de Marc Bloch au Panthéon est une réponse cinglante à tous ceux qui aujourd’hui veulent détourner l’héritage de la Résistance », a-t-il déclaré, selon les informations rapportées. Cette allusion vise explicitement des cadres du parti d'extrême droite qui avaient revendiqué l'héritage de l'historien fusillé en 1944 pour ses activités dans la Résistance.
Un biographe en alerte
Quelques jours avant la panthéonisation, le biographe de Marc Bloch, l'historien allemand Peter Schöttler, avait publiquement dénoncé une « récupération » de la figure de l'historien par le Rassemblement national. Lors d'un entretien, il avait estimé que le parti cherchait à s'approprier « de manière opportuniste » la mémoire du résistant, en occultant ses engagements républicains, son internationalisme et sa lutte contre toutes les formes de nationalisme. Ces mises en garde avaient suscité de vifs débats dans l'opinion publique et au sein de la classe politique.
Une cérémonie sous tension
La cérémonie au Panthéon s'est déroulée dans une atmosphère solennelle, mais la controverse sur l'instrumentalisation politique n'a cessé de l'accompagner. Plusieurs voix, au-delà de celle de Schöttler, s'étaient élevées pour rappeler que Marc Bloch, cofondateur des Annales d'histoire économique et sociale, était un intellectuel engagé contre le fascisme et pour une science historique ouverte. Le choix de le panthéoniser, décidé par l'exécutif plus tôt dans l'année, avait été salué par une large majorité, mais les tentatives du RN de se réclamer de son parcours avaient provoqué des remous.
En répliquant aussi directement depuis le Panthéon, le chef de l'État a voulu trancher le débat : « Ce n'est pas un hommage ambigu », a-t-il laissé entendre, en soulignant que la figure de Bloch appartenait à la tradition républicaine et antifasciste. Il a également insisté sur le fait que la panthéonisation était un acte de « vigilance » contre toute tentative de falsification de l'histoire.
L'héritage de Marc Bloch
Marc Bloch, mort pour la France en 1944 après avoir été arrêté par la Gestapo, laisse une œuvre majeure, notamment « L'Étrange Défaite » et « Apologie pour l'histoire ». Son entrée au Panthéon, aux côtés d'autres grandes figures de la République, vise à honorer à la fois le savant et le résistant. Son biographe, Peter Schöttler, a d'ailleurs participé à un colloque à l'EHESS pour décortiquer la « fabrique intellectuelle » de l'historien, un travail qui, selon lui, doit rester indépendant des récupérations partisanes.
En réponse aux accusations de Schöttler, des responsables du Rassemblement national avaient réaffirmé leur admiration pour le parcours de Marc Bloch, estimant que la gauche et la macronie n'avaient pas le monopole de l'héritage résistant. Cette controverse a mis en lumière les enjeux mémoriels autour de la deuxième guerre mondiale et les luttes d'influence sur les symboles nationaux.