La Russie est confrontée à une pénurie de carburant d'une ampleur sans précédent, conséquence directe de l'intensification des frappes de drones ukrainiennes sur ses raffineries et ses voies d'approvisionnement. Dans de nombreuses régions, les automobilistes passent des heures, voire des jours, à attendre devant les stations-service, et les altercations se multiplient.
Des scènes de tension aux quatre coins du pays
Des vidéos diffusées par des témoins sur les réseaux sociaux montrent l'ampleur du phénomène. Des files de véhicules s'étirent sur plusieurs kilomètres devant les rares stations encore approvisionnées. Dans la ville de Chita, en Sibérie, la situation est décrite comme particulièrement critique. Une habitante de Gelendzhik, sur la côte de la mer Noire, a confié n'avoir pu obtenir de carburant qu'après trois jours de tentatives, dormant même dans sa voiture. « C'est littéralement une lutte pour la survie », a-t-elle déclaré, imputant la situation autant à la pénurie qu'aux revendeurs qui achètent l'essence pour la revendre à des prix gonflés.
Des frappes qui visent le cœur de l'industrie énergétique russe
L'offensive ukrainienne cible méthodiquement les capacités de raffinage russes. Les forces ukrainiennes ont frappé les dix plus grandes raffineries du pays, de la région de Leningrad jusqu'à Omsk, à plus de 2 500 kilomètres de la frontière. Le 6 juillet, la raffinerie d'Omsk a été touchée. Le 17 juillet, un incendie s'est déclaré à la raffinerie Ianos, près de Moscou, après une nouvelle attaque revendiquée par Kiev.
Parallèlement, les drones ukrainiens ont mené une campagne massive contre la navigation en mer d'Azov. Entre le 6 et le 13 juillet, plus d'une centaine de pétroliers et autres navires russes ont été pris pour cible chaque nuit, forçant Moscou à suspendre tout trafic sur cette route maritime qui relie le Don à la mer Noire via le détroit de Kertch. Cette interruption isole davantage la Crimée occupée, déjà soumise à un strict rationnement du carburant et à des coupures d'électricité.
Des conséquences économiques et militaires majeures
Le blocus maritime en mer d'Azov perturbe également le commerce des céréales. Un quart des exportations russes de blé transitent par cette voie, et les prix du blé ont commencé à augmenter sur les marchés mondiaux. Pour tenter d'endiguer la crise intérieure, le gouvernement a interdit les exportations de diesel jusqu'à la fin juillet.
Un analyste d'Ambrey, société de conseil maritime, estime qu'entre le lundi et le jeudi de la semaine précédente, 30 à 35 navires russes ont été endommagés en mer d'Azov. Les autorités russes n'ont reconnu qu'un nombre limité d'attaques. L'Institut pour l'étude de la guerre (ISW) a qualifié ces frappes de « nouvelle phase » dans les efforts ukrainiens pour isoler la Crimée et perturber les chaînes logistiques russes.
Des files d'attente qui s'allongent
La pénurie ne se limite pas aux régions frontalières. À Kaliningrad, une longue file de véhicules a été observée devant une station-service de Surgutneftegas. Dans tout le pays, les automobilistes parcourent des villes entières à la recherche d'une pompe encore ouverte, et les accrochages entre conducteurs deviennent fréquents. Le gouvernement admet pour la première fois un « certain déficit », mais les mesures annoncées, comme l'interdiction des exportations, peinent à endiguer la crise.