Pour la première fois depuis l’éclatement du scandale touchant les centres de loisirs parisiens, un ancien animateur a été condamné vendredi 10 juillet pour des agressions sexuelles commises sur une enfant. Le tribunal correctionnel de Paris lui a infligé une peine de 18 mois de prison avec sursis, en s’appuyant sur la « cohérence » et la « crédibilité particulière » des déclarations de la victime, aujourd’hui âgée de six ans.
Une condamnation qui tranche avec les relaxes précédentes
Cette décision fait suite à deux relaxes prononcées ces dernières semaines dans des affaires similaires, qui avaient suscité l’indignation des associations de défense des droits des enfants et des familles. Le parquet avait d’ailleurs fait appel de ces relaxes, estimant que la justice n’avait pas suffisamment pris en considération la parole des mineurs. Dans l’un de ces dossiers, le tribunal avait pointé des « variations dans (leurs) déclarations » et un possible conditionnement « par les questions de leurs parents ».
Ce vendredi, le raisonnement des juges a été tout autre. Ils ont relevé que l’enfant, scolarisée en maternelle, avait livré des « déclarations constantes, précises et compatibles avec son jeune âge ». À l’inverse, les explications de l’animateur – qui exerçait dans un centre de loisirs parisien entre octobre 2023 et juillet 2025 – ont été qualifiées de « fluctuantes » et « évolutives ».
La parole de l’enfant reconnue par la justice
À la sortie de l’audience, l’avocat de la famille de la victime, Charles Héran, s’est réjoui de cette issue : « On est contents que la parole de cette enfant ait été entendue. C’est une décision extrêmement encourageante pour la suite. » Il a estimé que le jugement marquait une étape importante pour les autres plaintes en cours.
Cette condamnation intervient dans un contexte de crise sans précédent pour les activités périscolaires de la capitale. Depuis le début de l’année, 132 animateurs ont été suspendus par la Ville de Paris, dont 52 pour des « suspicions de violences sexuelles ou sexistes ». Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a qualifié l’ampleur du phénomène de « systémique » et a engagé un plan d’action doté de 20 millions d’euros pour renforcer la protection des enfants et la formation du personnel.
Un signal fort pour les victimes
Ce premier jugement de condamnation est perçu comme un tournant dans la reconnaissance judiciaire de la parole des très jeunes enfants victimes. Il contraste avec les décisions antérieures qui avaient mis en doute la fiabilité des témoignages des enfants parfois âgés de quatre ou cinq ans.
Les parties civiles espèrent que cette décision fera jurisprudence alors que plusieurs autres affaires sont encore instruites. Les associations rappellent que la confiance des familles dans le système périscolaire est gravement ébranlée et que des mesures de transparence et de contrôle renforcé sont attendues de la part de la mairie de Paris.
Alors que le parquet a déjà fait savoir qu’il continuerait à défendre la parole des enfants dans les dossiers en appel, ce verdict pourrait également influencer les prochains procès prévus dans les mois à venir.