Une proclamation contestée

Ce mardi 30 juin, l’autorité électorale péruvienne a officiellement proclamé Keiko Fujimori à la tête de l’État. La candidate du parti Force populaire, âgée de 51 ans, hérite ainsi d’une fonction déjà occupée par son père, Alberto Fujimori, entre 1990 et 2000, sur fond de régime autoritaire et de violations des droits humains. Cette victoire fait suite à un second tour extrêmement serré, dont les résultats officiels lui attribuent une avance de quelques dixièmes de point sur son rival.

Mais immédiatement après la proclamation, Roberto Sánchez, candidat de gauche et ancien député, a qualifié le scrutin de « frauduleux ». Dans une déclaration retransmise en direct depuis Lima, il a rejeté la validité du résultat annoncé et appelé ses partisans à descendre dans la rue dès ce soir. « Nous ne reconnaissons pas ce simulacre d’élection », a-t-il affirmé, dénonçant des « bourrages d’urnes » et une « manipulation informatique du décompte ».

Une figure clivante de la vie politique péruvienne

Keiko Fujimori n’en est pas à sa première tentative. Candidate malheureuse en 2011, 2016 et 2021, elle avait échoué à chaque fois de justesse. Cette quatrième candidature a finalement porté ses fruits, malgré les poursuites judiciaires qui la visent : elle est sous le coup d’une enquête pour blanchiment d’argent et corruption présumée dans le cadre du scandale du constructeur brésilien Odebrecht. Elle a toujours clamé son innocence, dénonçant un « acharnement politique ». Son entrée en fonction intervient alors que le Pérou traverse une grave crise institutionnelle, marquée par la succession rapide de plusieurs présidents et une défiance croissante des citoyens envers la classe politique.

Héritière assumée de son père, dont elle a souvent défendu le bilan sécuritaire et économique – notamment la lutte contre la guérilla du Sentier lumineux –, elle a recentré sa campagne sur un discours de fermeté contre le crime et de relance de l’investissement. Un message qui a séduit une partie de l’électorat las de l’instabilité, mais qui ravive aussi les blessures des années de plomb.

Des accusations d’irrégularités

L’opposition conteste depuis plusieurs jours les résultats. Roberto Sánchez avait déjà demandé un recomptage intégral des bulletins, ce que le camp Fujimori a toujours refusé. Selon des sources proches de son équipe de campagne, il s’apprête à saisir la Cour suprême électorale pour faire annuler la proclamation. Il exige également une enquête indépendante sur le logiciel de dépouillement utilisé. Dans son appel à la mobilisation, Sánchez a promis des actions pacifiques mais a prévenu qu’un « gouvernement illégitime ne pourra pas gouverner ».

De son côté, Keiko Fujimori a déjà reçu les félicitations de plusieurs chefs d’État de la région, tandis que des organisations internationales de défense des droits humains ont exprimé leur inquiétude quant à la situation. L’ONU, par la voix de son secrétaire général, a appelé au calme et au respect des procédures légales.

Quelles conséquences pour le Pérou ?

La transition s’annonce sous tension. La nouvelle présidente devra composer avec un Congrès très fragmenté, où son parti ne dispose pas de majorité absolue. Les observateurs prédisent une gouvernance difficile, marquée par des blocages parlementaires et une pression sociale constante. Par ailleurs, la contestation de Sánchez pourrait dégénérer en affrontements avec les forces de l’ordre, dans un pays où les manifestations ont parfois viré à la répression meurtrière par le passé.

La communauté internationale suit avec attention ces développements. Les États-Unis et l’Union européenne ont pris acte de la proclamation tout en soulignant l’importance d’un dialogue inclusif. Washington a rappelé que toute contestation devait se faire dans le cadre de l’État de droit. Le Pérou se trouve ainsi à un carrefour : consolidation démocratique ou retour d’un pouvoir fort aux accents autoritaires.