Une déclaration qui redistribue les cartes

Le président du groupe LR à l'Assemblée nationale a provoqué une onde de choc au sein de son propre camp en accordant un entretien où il exprime une opinion très favorable au candidat Horizons pour la présidentielle. Laurent Wauquiez a affirmé qu'Édouard Philippe « peut incarner l'ordre et le sérieux permettant de redresser la France ». Cette prise de position, qui s'apparente à une préparation de terrain pour un éventuel ralliement, n'est pas passée inaperçue dans les états-majors politiques, alors que la droite et le centre peinent à s'unir.

Le député de la Haute-Loire a toutefois assorti son soutien d'une condition explicite : le projet présidentiel du maire du Havre doit être à la hauteur. « La question est de savoir ce qu'il veut faire pour reconstruire la France », a-t-il déclaré, estimant que « on ne peut pas se contenter de dire qu'on va faire barrage contre les extrêmes car on ne gagne pas une élection sur un rejet ».

Critiques envers Bruno Retailleau

Dans la même interview, Laurent Wauquiez n'a pas ménagé le candidat officiellement investi par son parti. Bruno Retailleau, qui avait recueilli au printemps le soutien de près de 75 % des adhérents LR, est visé par des propos acérés. Sans le citer nommément, le patron des députés a estimé qu'« il faut, le plus tôt possible, savoir se retirer si c'est nécessaire », relevant que le président du Sénat ne dépasse pas les 10 % dans les sondages.

Cette déclaration intervient alors que la question de l'unité de la droite et du centre reste entière. Laurent Wauquiez s'est fait le chantre du rassemblement, plaidant pour « mettre les gens autour de la table », et a remis sur le tapis l'idée d'une primaire ouverte pour désigner un candidat unique, une proposition qui n'avait jusqu'ici guère prospéré.

Une porte ouverte à Gabriel Attal

Autre signal fort dans le paysage politique : l'ancien Premier ministre Gabriel Attal n'est pas exclu de l'équation. « Je l'aime beaucoup », a concédé Laurent Wauquiez, tout en relevant que le choix du député des Hauts-de-Seine n'est pas, pour l'instant, celui de « porter le rassemblement de la droite et du centre ». Mais il a ajouté : « Cela ne veut pas dire qu'il ne peut pas évoluer. »

Ces déclarations interviennent dans un climat électoral tendu, où les candidatures se multiplient à droite et au centre. Le chef de file des députés LR a brandi la menace d'un second tour opposant La France insoumise au Rassemblement national si les différentes composantes de la droite et du bloc central ne parviennent pas à un accord.

Des ambitions personnelles mises de côté ?

Dans un ton inhabituellement apaisé, Laurent Wauquiez a reconnu que son propre positionnement implique un renoncement temporaire à ses ambitions personnelles. « Bien sûr, cela suppose que je laisse de côté, pour l'instant, pas mal de mes ambitions », a-t-il glissé, ajoutant que ce n'était « pas l'idée, à l'origine ». Une posture qui pourrait renforcer son image de rassembleur, alors que la campagne présidentielle entre dans une phase décisive à moins d'un an du scrutin.

Ces prises de position sont de nature à rebattre les cartes au sein de la droite, où les soutiens se recomposent autour d'Édouard Philippe et de Gabriel Attal. La main tendue de Laurent Wauquiez à l'ancien Premier ministre, couplée à ses critiques envers le candidat officiel de son camp, pourrait accélérer les rapprochements et les alliances, tout en fragilisant un peu plus la candidature de Bruno Retailleau.