L’affaire, jugée depuis le 16 juin 2026 devant la cour d’assises de l’Hérault, oppose deux visions radicales d’une même femme. Pour les parties civiles, Marie-Thérèse Garcia, 74 ans, est une manipulatrice capable de faire régner la terreur au sein de sa famille. Pour sa défense, il s’agit d’une grand-mère affectueuse, surnommée « Mamie Trésor » par ses petits-enfants, qui n’a pas la carrure d’une criminelle. Ces surnoms contrastés, « Ma Dalton » et « Mamie Trésor », illustrent le caractère clivant de l’accusée, souligné par plusieurs témoins et experts lors des premières journées d’audience.

Le corps de Corinne Di Dio, la belle-sœur de l’accusée, avait été découvert en septembre 2018 dans son domicile de Saint-Jean-de-Védas, près de Montpellier. La victime avait été tuée de plusieurs coups de couteau. Rapidement, les soupçons se sont portés sur Marie-Thérèse Garcia, qui aurait eu des conflits récurrents avec la défunte, notamment autour de questions d’héritage et de biens familiaux. Placée en détention provisoire, elle est devenue la détenue la plus âgée de France, une situation qui a suscité des débats sur les conditions d’incarcération des personnes âgées.

Une femme aux multiples visages

Devant la cour, les témoins ont brossé un portrait contrasté de l’accusée. Les proches de la victime décrivent une femme autoritaire, vindicative, capable de menaces et d’intimidations. Ils évoquent un climat de peur qu’elle aurait instauré autour d’elle, d’où le surnom de « Ma Dalton », en référence à la célèbre bande de hors-la-loi de bande dessinée. Plusieurs membres de la famille ont rapporté des altercation verbales violentes et des tentatives d’appropriation des biens de Corinne Di Dio.

À l’opposé, la défense présente une femme âgée, fragile, malade, qui a toujours été une mère et une grand-mère aimante. Ses avocats insistent sur son absence d’antécédents judiciaires et sur son état de santé, qui rendrait improbable la commission d’un acte aussi brutal. Des photos de famille la montrent entourée de ses proches, souriante, sous le surnom affectueux de « Mamie Trésor ». Pour les soutiens de l’accusée, ces images contredisent le portrait d’une criminelle endurcie.

Le réquisitoire et la défense

L’accusation s’appuie sur un faisceau d’indices : des traces ADN de Marie-Thérèse Garcia ont été retrouvées sur les lieux du crime, bien que sa défense argue d’une présence antérieure non liée au meurtre. Un mobile aurait été constitué par des disputes récurrentes autour de la succession d’un bien immobilier. Cependant, aucun témoin oculaire n’a été identifié, et l’accusée n’a jamais varié dans ses déclarations : elle nie formellement toute implication dans la mort de sa belle-sœur.

Les expertises psychiatriques ont mis en lumière une personnalité complexe, sans trouble mental majeur, mais avec des traits de caractère pouvant correspondre à une certaine rigidité et une difficulté à gérer les conflits. Ces conclusions n’ont pas permis de trancher entre les deux portraits antagonistes. La défense a plaidé pour une requalification des faits ou une relaxe, estimant que les preuves matérielles ne sont pas suffisamment solides pour emporter la conviction des jurés.

Un procès suivi avec attention

L’audience, prévue pour durer plusieurs jours, attire l’attention au-delà du strict cadre judiciaire. Le profil de l’accusée, à la fois grand-mère et détenue la plus âgée de France, interroge sur la manière dont la justice traite les personnes âgées. La cour d’assises devra se prononcer sur la culpabilité de Marie-Thérèse Garcia dans les prochains jours. Le verdict est attendu avec une particulière attention, tant par les proches de la victime que par les défenseurs des droits des détenus âgés.

En attendant, Marie-Thérèse Garcia reste présumée innocente et clame son innocence depuis le début de la procédure. La suite des débats permettra peut-être de lever une partie des zones d’ombre qui entourent cette affaire, où les perceptions contradictoires de l’accusée semblent refléter la complexité du drame familial qui s’est joué il y a près de huit ans.