Le ministre de l’Intérieur de la République démocratique du Congo, Jacquemain Shabani, a annoncé samedi l’interdiction des rassemblements de masse à Kinshasa ainsi que dans trois autres provinces – Tshopo, Haut-Uele et Bas-Uele – dans le but de freiner la propagation du virus Ebola. La mesure concerne des zones qui n’ont pas encore enregistré de cas confirmés mais qui sont jugées à risque en raison de leur proximité avec les foyers actifs de l’est du pays.

L’épidémie est pour l’instant concentrée dans les provinces d’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, situées à environ 1 800 kilomètres de la capitale. Selon les autorités sanitaires, Ituri concentre plus de 90 % des contaminations. Le nombre total de cas confirmés s’élève désormais à 1 274, et 360 décès ont été recensés. La journée de samedi a vu une augmentation de 47 infections, ce qui a motivé le durcissement des restrictions.

Critiques de l’opposition

Plusieurs figures de l’opposition ont vivement contesté cette décision. Prince Epenge, porte-parole de la coalition Lamuka, a estimé qu’elle était « politique », aucun cas n’ayant été confirmé à Kinshasa. « Ce n’est pas légitime. Nous ne pouvons pas accepter cette décision », a-t-il déclaré. De son côté, le secrétaire général du parti Envol, Rodrigue Ramazani, a appelé les manifestants à braver l’interdiction et à participer à la marche prévue le 8 juillet, affirmant que la directive « sent la manœuvre politique plutôt qu’une mesure de santé publique ».

Cette marche est organisée par la coalition C64, qui s’oppose à un projet de loi controversé. Ses détracteurs affirment que ce texte pourrait permettre au président Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats. Le gouvernement n’a pas répondu aux accusations.

Contexte épidémiologique

L’épidémie de 2026 est causée par l’espèce Bundibugyo du virus Ebola, pour laquelle il n’existe pas de vaccin homologué. La propagation a pris une ampleur inquiétante malgré les mesures déjà en vigueur dans les provinces orientales, où les rassemblements étaient interdits depuis plusieurs semaines.

Le pays voisin, l’Ouganda, fait également face à des cas. L’Organisation mondiale de la santé a recensé 20 personnes infectées et deux décès sur son territoire. Par ailleurs, un médecin ayant travaillé dans un centre de traitement à l’épicentre de l’épidémie a été testé positif après son retour en France, après avoir transité par Kinshasa. Cet événement a conduit le gouvernement congolais à imposer une quarantaine de 21 jours aux voyageurs en provenance des zones touchées.

Enjeux sanitaires et politiques

L’interdiction des rassemblements à Kinshasa, une ville de quelque 18 millions d’habitants, traduit la crainte des autorités de voir le virus franchir un nouveau palier. Alors que l’épidémie continue de s’étendre, le gouvernement doit conjuguer urgence sanitaire et contestation politique. La date du 8 juillet sera un test de la capacité des mesures à contenir à la fois le virus et le mécontentement.