Le gouvernement de la République démocratique du Congo a pris une nouvelle mesure pour tenter de contenir la propagation du virus Ebola. Le ministre de l'Intérieur, Jacquemain Shabani, a émis samedi une directive interdisant les rassemblements de masse à Kinshasa, la capitale du pays, ainsi que dans trois autres provinces : Tshopo, Haut-Uele et Bas-Uele. Ces zones frontalières des provinces d'Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où l'épidémie est officiellement déclarée, sont considérées comme des points d'entrée potentiels pour la maladie.
L'annonce est intervenue alors que le nombre de cas confirmés d'Ebola dans les provinces touchées a bondi de 47 en l'espace de quelques jours, portant le total à 1 274 infections. Le bilan humain s'est alourdi à 360 décès. La province d'Ituri reste de loin la plus touchée, concentrant plus de 90 % des contaminations.
Cette décision intervient dans un contexte où l'épidémie, provoquée par la souche Bundibugyo du virus — pour laquelle il n'existe aucun vaccin homologué —, a déjà franchi les frontières de la RDC. L'Ouganda voisin a confirmé des cas d'Ebola, l'Organisation mondiale de la santé faisant état de 20 personnes infectées et de deux décès.
L'opposition dénonce une « manœuvre politique »
La mesure gouvernementale a immédiatement suscité des critiques au sein de l'opposition. Plusieurs figures politiques ont dénoncé une décision qu'elles jugent instrumentalisée. Prince Epenge, porte-parole de la coalition d'opposition Lamuka, a qualifié cette interdiction de « politique », soulignant qu'aucun cas de la maladie n'a encore été confirmé à Kinshasa. « Ce n'est pas légitime. Nous ne pouvons pas accepter cette décision », a-t-il déclaré.
Rodrigue Ramazani, secrétaire général du parti d'opposition Envol, a appelé les manifestants à braver l'interdiction et à se joindre à la marche prévue. Il a estimé que la consigne « sent la manœuvre politique plutôt qu'une mesure de santé publique ». La manifestation en question est organisée par la coalition C64, qui s'oppose à un projet de loi controversé. Selon ses détracteurs, ce texte pourrait permettre au président Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir au-delà de la limite constitutionnelle de deux mandats.
Le gouvernement congolais n'a pour l'instant pas répondu à ces accusations.
Un précédent inquiétant
Bien que la capitale, peuplée de 18 millions d'habitants, ne compte pour l'heure aucun cas confirmé, les autorités sanitaires sont en alerte. Un médecin ayant travaillé dans un centre de traitement Ebola à l'épicentre de l'épidémie a été testé positif au virus après son retour en France, après avoir transité par Kinshasa. Cet incident a conduit le gouvernement à imposer, le lendemain de la divulgation du diagnostic, une quarantaine de 21 jours pour les voyageurs en provenance des zones touchées vers d'autres parties du territoire.
L'interdiction des rassemblements de masse était déjà en vigueur depuis plusieurs semaines dans les trois provinces où le virus est actif. Son extension à la capitale et aux provinces limitrophes constitue une escalade notable dans la stratégie de confinement adoptée par les autorités.
Vers une flambée historique
Alors que l'épidémie poursuit sa progression, les organisations sanitaires internationales multiplient les mises en garde. L'Afrique CDC a récemment alerté sur le risque que cette flambée devienne la plus importante jamais enregistrée, en raison notamment des difficultés persistsantes de traçage des contacts et de la circulation de centaines de patients infectés non suivis. Les autorités congolaises doivent jongler entre une réponse sanitaire d'urgence et les tensions politiques exacerbées par un calendrier électoral sensible.