L'exécutif se trouve sous une pression croissante dans le sillage du meurtre de la collégienne Lyhanna. Les ministres Gérald Darmanin (Intérieur) et Laurent Nuñez (Justice) ont été auditionnés ce mardi 9 juin par la commission des Lois du Sénat. Parallèlement, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a réuni plusieurs membres du gouvernement chargés des questions de protection de l'enfance afin d'étudier des réponses politiques supplémentaires face à l'émotion soulevée par ce drame.
Auditions parlementaires sous haute tension
Convoqués par les sénateurs, les deux ministres ont dû répondre à des questions sur les dysfonctionnements présumés ayant jalonné le suivi du suspect avant le passage à l'acte. Les parlementaires cherchent à déterminer comment des signalements et des antécédents judiciaires n'ont pas conduit à une prise en charge ou à une mise en examen du mis en cause avant la mort de l'adolescente. Les auditions, qui se sont déroulées à huis clos, s'inscrivent dans le cadre des travaux de la mission d'information lancée par le Sénat après les révélations entourant l'affaire. Aucune déclaration des ministres n'a filtré à l'issue de leur passage devant la commission.
Une réunion interministérielle pour des mesures concrètes
En parallèle de ces auditions, le chef du gouvernement a programmé une rencontre avec les ministres en charge de la Justice, de l'Intérieur, de la Santé et des Solidarités. L'objectif affiché est d'aboutir à une série de propositions visant à renforcer la protection des mineurs victimes de violences. Cette réunion intervient au lendemain de plusieurs rassemblements citoyens organisés dans différentes villes pour dénoncer les failles du système judiciaire et administratif.
L'entourage du Premier ministre indique que des annonces pourraient intervenir dans les prochains jours, sans préciser leur teneur. Parmi les pistes évoquées figurent un meilleur partage d'informations entre les services judiciaires, sociaux et éducatifs, ainsi qu'un durcissement des procédures de suivi des personnes déjà connues des services de police ou de justice pour des faits de violence.
Une inspection administrative promise sous quinze jours
Sébastien Lecornu avait déjà annoncé, dans les jours ayant suivi le drame, le déclenchement d'une inspection conjointe de l'Inspection générale de la justice, de l'Inspection générale de l'administration et de l'Inspection générale des affaires sociales. Le rapport de cette mission d'évaluation doit être remis au gouvernement sous quinze jours, soit aux alentours du 20 juin. Cette inspection doit établir les responsabilités éventuelles dans les défaillances constatées et formuler des recommandations.
Un contexte de colère et d'émotion
La mort de Lyhanna, une collégienne de 14 ans, a suscité une vive émotion dans l'opinion publique. Les circonstances du drame, et notamment le fait que le principal suspect ait été plusieurs fois signalé sans faire l'objet de mesures coercitives, ont nourri un sentiment d'injustice. Des marches blanches et des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs communes, rassemblant familles, associations de protection de l'enfance et citoyens.
Les associations féministes et de défense des droits de l'enfant réclament une refonte en profondeur des mécanismes de signalement et de protection. Certaines d'entre elles ont été reçues récemment au ministère de la Justice pour faire part de leurs propositions.
Des enjeux politiques pour l'exécutif
Cette affaire place le gouvernement dans une position délicate, alors que des critiques s'élèvent sur l'efficacité des politiques de lutte contre les violences faites aux mineurs. L'opposition parlementaire a annoncé son intention de saisir la commission d'enquête pour approfondir les investigations sur les manquements éventuels.
L'audition des ministres par le Sénat pourrait déboucher sur des recommandations législatives, même si l'exécutif privilégie pour l'heure une réponse administrative et réglementaire. Le rapport d'inspection attendu dans moins de deux semaines servira de base aux arbitrages gouvernementaux.