L’affaire Lyhanna, du prénom de la fillette de 4 ans retrouvée morte en juin, continue de provoquer des remous politiques et judiciaires. Ce mardi 9 juin, les ministres de l’Intérieur et des Armées, Gérald Darmanin et Laurent Nuñez, ont été entendus par la commission des Lois du Sénat, où ils ont défendu leur action face aux critiques. Dans le même temps, la mère de la victime a officialisé son intention de déposer une plainte contre l’État, accusé de n’avoir pas protégé l’enfant malgré les signalements.
Audition sénatoriale : les ministres campent sur leurs positions
Convoqués par les sénateurs pour s’expliquer sur le suivi de l’affaire, Gérald Darmanin et Laurent Nuñez ont réaffirmé que les services avaient agi dans le cadre de leurs prérogatives. Selon des sources parlementaires, les deux ministres ont refusé de reconnaître une défaillance systémique, insistant sur la complexité des dossiers de protection de l’enfance et la nécessité de respecter les procédures judiciaires. Leurs interventions ont été marquées par des échanges vifs avec certains sénateurs, qui ont déploré un manque de transparence et de réactivité de l’administration.
La mère de Lyhanna saisit la justice contre l’État
Parallèlement, la mère de la fillette a annoncé, par la voix de ses avocats, le dépôt prochain d’une plainte contre l’État pour « non-assistance à personne en danger » et « mise en danger de la vie d’autrui ». Elle estime que les services sociaux et les forces de l’ordre n’ont pas pris la mesure des alertes émises avant le drame. Cette démarche vise à obtenir la reconnaissance d’une responsabilité publique dans la mort de l’enfant. L’annonce a suscité des réactions contrastées : la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a déploré une « instrumentalisation » de la tragédie, appelant à ne pas politiser le débat.
Une réunion gouvernementale en préparation
Face à l’émotion suscitée par l’affaire, l’exécutif a annoncé la tenue prochaine d’une réunion interministérielle consacrée à la protection de l’enfance. Celle-ci devrait rassembler les ministères de la Justice, de l’Intérieur, des Solidarités et des Armées, sous l’égide du ministre des Armées, Sébastien Lecornu. L’objectif affiché est d’évaluer les dysfonctionnements et de proposer des mesures concrètes pour renforcer le suivi des enfants en danger. Une inspection des services concernés a également été promise, dont les conclusions sont attendues sous quinze jours.
Un contexte de tensions politiques
L’affaire Lyhanna intervient dans un climat politique déjà tendu, marqué par des débats récurrents sur les moyens alloués à la protection de l’enfance et la coordination entre les différents acteurs (travailleurs sociaux, police, justice). Plusieurs élus, de gauche comme de droite, ont réclamé une commission d’enquête parlementaire, tandis que des associations de défense des droits des enfants dénoncent un « système à bout de souffle ». Le gouvernement, de son côté, assure vouloir agir rapidement, tout en appelant à ne pas faire de « procès » à des agents qui agissent dans des conditions difficiles.
Prochaines étapes
La plainte contre l’État devrait être examinée par le tribunal administratif dans les semaines à venir. La réunion interministérielle, dont la date n’a pas encore été fixée officiellement, est attendue comme un premier pas vers d’éventuelles réformes. L’inspection promise devra déterminer si des fautes ont été commises dans le suivi de Lyhanna, une enfant déjà connue des services sociaux. La famille et ses avocats entendent poursuivre leur combat judiciaire et médiatique pour que la mort de la fillette ne reste pas impunie.