Un projet contesté s’étend
Un important complexe touristique envisagé par des sociétés liées à Jared Kushner, gendre de l’ancien président américain, continue d’alimenter la polémique en Albanie. Les riverains et des groupes de défense de l’environnement se mobilisent contre ce qu’ils qualifient de dérive spéculative sur le littoral. La zone concernée, une bande côtière de plusieurs kilomètres située dans le sud du pays, verrait l’édification d’hôtels de luxe, de villas et d’un port de plaisance.
Les opposants dénoncent les conséquences écologiques prévisibles. Selon une association locale, plus de 60 % des terrains visés se trouveraient dans une zone protégée pour la ponte des tortues marines. Des habitants ont organisé des rassemblements, parfois réprimés par les forces de l’ordre. Les manifestants réclament la suspension des permis de construire et la publication des études d’impact.
Les implications politiques
Le projet bénéficie du soutien avéré du Premier ministre albanais, Edi Rama. Ce dernier a défendu l’investissement en soulignant les retombées économiques attendues pour la région, notamment la création de milliers d’emplois. Néanmoins, la transparence des contrats signés est remise en cause. L’opposition parlementaire a demandé l’accès aux documents relatifs à la cession des terrains et aux accords fiscaux consentis à la société promotrice.
La position de l’Union européenne
Bruxelles suit le dossier avec attention. Des sources communautaires indiquent que la Commission européenne a adressé aux autorités albanaises une demande d’explication concernant le respect de la directive relative à l’évaluation des incidences sur l’environnement. L’Albanie étant candidate à l’adhésion à l’Union, ces dossiers sont considérés comme des tests de l’état de droit et de la bonne gouvernance.
Plusieurs eurodéputés ont interpellé le commissaire à l’Élargissement, estimant que des zones classées Natura 2000 pourraient être concernées. Le gouvernement albanais assure avoir mené les consultations requises et se dit prêt à coopérer avec les instances européennes.
Les dimensions économiques et géopolitiques
Le projet de Kushner s’inscrit dans le cadre d’une stratégie plus large du gouvernement pour attirer les investisseurs étrangers, en particulier américains. Tirana cherche à diversifier son économie au‑delà des secteurs traditionnels que sont l’énergie et les infrastructures. La présence d’acteurs proches de l’ancienne administration américaine est perçue par certains analystes comme un signal de rapprochement stratégique entre l’Albanie et les États‑Unis.
Cependant, la facture environnementale potentielle inquiète les observateurs. La côte albanaise, encore relativement préservée par rapport à d’autres destinations méditerranéennes, subit une pression croissante du fait de projets immobiliers. Les groupes écologistes mettent en garde contre un développement non maîtrisé qui pourrait nuire à l’attrait touristique à long terme.
Les prochaines étapes
La première phase des travaux devrait débuter dans les prochains mois. Le gouvernement a annoncé la tenue d’une table ronde réunissant les parties prenantes, y compris les associations locales. Les opposants conditionnent leur participation à la suspension préalable des autorisations. L’Union européenne, de son côté, pourrait diligenter une mission d’évaluation technique si les réponses de Tirana ne la satisfont pas.
L’affaire illustre la difficulté pour les pays candidats de concilier attrait des capitaux étrangers et respect des normes communautaires. Le sort de ce complexe sera scruté de près, tant par les investisseurs internationaux que par les défenseurs de l’environnement.